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Présentation du numéro 28

Microsociologies interactions et approches institutionnelles




Éditorial


LE PROJET ÉPISTÉMOLOGIQUE INITIAL DE LA PSYCHOLOGIE SOCIALE
(désormais quelque peu perdu de vue !)1

Itinéraires et histoires de vie peuvent sans doute constituer, à propos de chacun, des clefs utiles à l'intelligence d'un parcours intellectuel et scientifique. Ceci se vérifiera plus encore, et peut-être mieux qu'ailleurs, quand il s'agira d'approches cliniques, dans le cadre des sciences de l'homme et de la société (ethnologie, ethnographie, ethnométhodologie, anthropologie, psychologie sociale, psychosociologie, microsociologies ... ), là où le jeu complexe des interactions et des implications s'articule aux théories pour les actualiser, les "incarner" d'une certaine manière et les nourrir en retour 2 , à la faveur des situations et des terrains. Je partage donc en grande partie, sur ce point, les vues de Georges Lapassade et de Max Pagès exprimées infra 3 .

En ce qui me concerne, je pense, notamment, qu'une "vision du monde" délibérément souhaitée "culturaliste" (engagement) a pu, de surcroît, être très tôt induite par les vicissitudes du vécu d'une identité liée aux incertitudes entourant mon statut (implication), au moment de ma naissance. Mes parents se sont effectivement mariés postérieurement à celle-ci, me permettant de la sorte d'être "reconnu", pour divorcer une fois cette formalité accomplie. Je n'avais ni frère ni soeur. Confié à la garde d'une mère aimante mais psychologiquement très instable, tendant à m'englober tout naturellement dans sa psychose, de ce fait, déjà pas mal "ballotté" durant les premières années de mon enfance, je me retrouvai pratiquement entièrement abandonné à moi même, tout au long d'une adolescence coïncidant avec les années d'occupation. Tandis que la classe sociale à laquelle j'appartiens naturellement, celle de mes parents (artiste dramatique et journaliste parlementaire) est bien la classe bourgeoise, en fait, mes conditions d'existence, au cours d'une enfance et d'une adolescence, ressemblant beaucoup, dans mon esprit, à celles du "Kid" de "Charlot", se caractérisent surtout par le sentiment du "manque" et confinent parfois à la pauvreté, en constituant en moi un fond de révolte et d'anarchie4 , très lié à un tel isolement encourageant forcément l'égocentrisme comme moyen de survie. Tout au long de ma vie adulte, mes sympathies politiques s'orienteront probablement aussi en fonction de cette errance vers des courants gauchistes plutôt qu'elles ne se montreront favorables à une gauche instituée. Au cours de cette période, passée à Périgueux, à Auch et à Pau, entre 1940 et 1944, je n'ai évidemment reçu ni éducation, ni instruction, systématiques, formelles5 . Je n'ai fréquenté aucune école, non plus que connu aucun autre type quelque peu institutionnalisé d'apprentissage, entre les classes de "sixième", au lycée Montaigne de Paris, et de "première", au collège de Bagnères-de-Bigorre (où je devins "interne", à mon initiative). Paradoxalement cela m'a permis de développer un certain sens des responsabilités6 Après avoir "redoublé", pour être ainsi en mesure de satisfaire aux épreuves de la première partie du baccalauréat, je passai néanmoins ensuite, sans difficultés notables, également avec mention, l'étape suivante (série "philosophie") pour entamer trois licences (philosophie, Droit et psychologie7 ), menées de front tout à fait normalement, à l'université de Rennes, entre 1946 et 1950. Sans préjudice de perturbations sévères, aux niveaux de l'émotionnalité et de la sensibilité8 cette expérience "abandonnique" d'une enfance, et surtout d'une adolescence, qui m'avait associé temporairement aux formes de vie (gangs, bandes ... ) d'une sorte de wayward youth 9 (autre sensibilisation originelle, peut-être, à des thèmes privilégiés par la psychologie sociale), m'a permis de câliner déviance et délinquance (notamment avec les "facilités" du "marché noir" de l'époque) sans trop m'y perdre. L'expérience précoce de la transgression n'a toutefois jamais oblitéré chez moi la reconnaissance du caractère nécessaire de la loi10 . Les deux vont coexister, et finalement s'articuler, à travers mon histoire. Au cours de cette période tourmentée, qui me facilita certainement une relative intelligence du conflit11 , j'élaborais, par nécessité, une pratique de l'autodidaxie, influençant par la suite mes conceptions pédagogiques et je conçus, plus fondamentalement encore, des intérêts puissants pour l'éducation 12 , y compris quant aux relations de celle-ci avec les thérapies13. L'attention constamment portée au travail réflexif intéressant le langage, aux "allant-de-soi "14 , à l'étymologie, n'est certes pas sans rapports avec les manques considérables, aux niveaux du latin et du grec, des humanités, de la culture classique, lacunes dues à l'absence de scolarité entre douze et dix-sept ans. J'y relie, plus profondément encore, l'intuition d'une relation contradictoire entre l'identité, et les altérations dont elle procède nécessairement, comprenant du même coup la réhabilitation paradoxale de celles-ci, qui me conduira, plus tard, dans une perspective plus explicitement hegeliano-marxienne, à une intelligence dialectique de la réalité anthropologique. Ces orientations ne se démentirent jamais par la suite, tout au long de ma carrière universitaire et de ma pratique de consultant. Elles demeurent associées chez moi au vécu d'une angoisse, entretenue autant par les situations renforçant les sentiments de précarité et d'abandon, que par les excès d'une "fantaisie" maternelle. Lorsque je suis devenu directeur d'un foyer de jeunes travailleurs, premier "boulot" rémunéré, pour subvenir à mes besoins durant mes études (1947), je me suis souvent "retrouvé" à travers des relations, avec des jeunes également désemparés, si ce n'est complètement "paumés". J'ai pris conscience, à cette occasion, d'un très grand besoin de stabilité, sans doute pour pouvoir réchauffer très progressivement quelque chose d'initialement glacé en moi. Je me suis marié à l'âge de vingt-trois ans (1950) et, tout en revendiquant chacun notre liberté, nous passerons, ma femme et moi, toute notre vie ensemble. Grâce à l'amicale bienveillance du Recteur Henry de l'Académie de Rennes, j'avais, dès 1948, rejoint un univers de travail plus "normé" en devenant "délégué rectoral", premier pas vers l'enseignement secondaire et dans la fonction publique.

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J'ai pu quelque temps calmer ma quête d'une sécurité identitaire à travers des études classiques de psychologie, n'excluant toutefois pas des questionnements anthropologiques et philosophiques plus larges, à partir de lectures de Marx et de Freud. Mes professeurs, à Rennes, ont été, successivement, Roland Dalbiez, thomiste, auteur d'une thèse sur La Méthode psychanalytique et la doctrine freudienne, Albert Burloud, spécialiste réputé de l'école psychologique allemande de Wurzbourg et Roger Daval, logicien, kantien, qui deviendra, par la suite, directeur de l'institut des Sciences Humaines Appliquées (ISHA) de l'université de Bordeaux. J'ai eu la chance de pouvoir entretenir avec eux des relations amicales. Je leur dois beaucoup. A cette époque, je commençais par m'intéresser aux entretiens cliniques et aux tests, plus particulièrement aux tests de caractère et de personnalité. C'est pourquoi, en 1950, en même temps que j'enseigne la philosophie, au lycée de Rennes, après un bref passage aux collèges de Saint-Nazaire et de La Baule, Albert Burloud m'a recruté, en qualité de moniteur de travaux pratiques, pour le centre psychotechnique qu'il créait à l'université. Mes premiers articles, publiés dans la revue Psyché, entre 1950 et 1954, seront ainsi consacrés aux "tests projectifs" et à une "esquisse d'analyse du caractère"15. Je participe également aux travaux du "groupement du test du village"16 ". En 1953, je collabore au Manuel de psychologie de Roger Daval, aux PUF, avec un chapitre consacré aux tests. Dans le passé, Roger Daval et Gaston Berger (ce dernier devenu directeur de l'enseignement supérieur au Ministère de l’Éducation nationale), avaient été condisciples, tous deux anciens étudiants de René Le Senne. Passionnés par la caractérologie, ils m'y associent. En compagnie d'André Le Gall, de Roger Mucchielli, d'Albert Resten et de Roger Gaillat, ils créent une Association Internationale de Caractérologie Générale et Appliquée, dont le secrétariat général m'est confié. Toutefois, je m'oriente assez rapidement, ensuite, vers des approches microsociologiques privilégiant l'articulation du psychique et du social, car il y a déjà chez moi le pressentiment qu'aucune lecture psychologique n'est sérieusement possible, indépendamment d'une référence à la société17. J'engageais aussi, à partir de 1958, une psychanalyse, dite didactique, avec Juliette Favez-Boutonier. Toujours sous l'impulsion de Gaston Berger, l'ISHA voit le jour en 1956. Après avoir exercé au lycée de Laval et au lycée Janson de Sailly de Paris, j'y suis détaché en tant que chercheur. Ce sera l'occasion d'une initiation à l'ethnologie sur le terrain, avec deux missions successives en Afrique occidentale française (Sénégal, Soudan, Haute-Volta, Côte-d'Ivoire) confiées à l'ISHA par le Commissariat Général à la Productivité. Nous fonderons encore, avec Roger Daval, l'ANDSHA, Association Nationale pour le Développement des Sciences Humaines Appliquées, autre association régie par la loi de 1901, dont je deviendrais également secrétaire général. Dans un premier temps, l'objet de celle-ci sera d'assister l'ISHA, aux niveaux des recherches et des études, mais elle s'ouvrira ensuite à d'autres partenaires et à de nouveaux terrains d'activité. Cette même année, Jean Maisonneuve et moi nous retrouverons promus "assistants itinérants" (psychologie sociale), directement nommés par Gaston Berger, et chargés, sous l'autorité de l'ISHA, de diffuser les méthodologies des sciences humaines, auprès d'un certain nombre d'universités : Grenoble, Aix-Marseille et Strasbourg18 . Mon poste sera administrativement rattaché à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Bordeaux (1956-1959). De 1957 à 1964, l'ANDSHA deviendra l'une des premières associations offrant des sensibilisations et des formations psychosociologiques, ou des perfectionnements, au psychodrame, au groupe de diagnostic (version française du T. Group américain), à la méthode des cas filmés, aux techniques d'entretien, aux techniques d'animation et de conduite de réunions et organisera annuellement, jusqu'en 1975, des "séminaires nationaux de psychologie industrielle".

Entre autres, y collaboreront, principalement entre 1958 et 1980, simultanément ou successivement, Élisabeth Bonnardot, Jeanne Combaz, Nina Heissler, Claire Julien, Catherine Tourette-Turgis, René Barbier, Guy Berger, Alain Coulon, Raymond Fichelet, Raymond Fouchard, Bernard Joinet, Jean-Pierre Moreigne, Luc Ridel, Jean-Pierre Thévenot, Claude Zerbib... Les membres des deux équipes qui allaient se retrouver par la suite, avec les mêmes objectifs, au "CEFFRAPPE" ou au "groupe français de sociométrie", étaient encore, à l'époque, parties intégrantes de l'ANDSHA, avant de souhaiter prendre leur autonomie, tandis que "l'ARIP" s'instituera seulement en 1959-1960. En 1960, je deviendrai, avec un nouvel emploi d'assistant, puis de maître-assistant délégué (psychologie industrielle), chef du département de psychosociologie appliquée aux affaires, à l'Institut d'Administration des Entreprises de la Faculté de Droit et de Sciences Économiques de l'Université de Bordeaux, ce qui me conduira à développer encore ma pratique de consultant. En effet, de plus en plus nombreuses à l'époque, des entreprises et des administrations font désormais appel à des universitaires. C'est une des conséquences de la politique de Gaston Berger, visant à établir des "passerelles université-industrie", à l'instar des États-Unis. Tant au niveau de la recherche qu'à celui des enseignements supérieurs, l'apport d'une pratique de terrain est effectivement précieux. L'IPSICA, Institut de Psychosociologie Industrielle, Commerciale et Administrative, petite société civile ayant pour objet l'intervention psychosociologique, montée avec quelques collègues, évoluera également dans ce sens, à partir de 195819.

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En fait, ce sont trois démarches distinctes, mais complémentaires, de toute façon enchevêtrées, qui vont, de la sorte se trouver parallèlement développées, pour nombre d'entre nous, dans le contexte général de cette époque : 1 - la psychologie sociale, science du comportement de l'homme en société, notamment au sein de groupes restreints, approche théorique20 " des représentations sociales 21 , des attitudes, des opinions, des interactions, des phénomènes microsociaux, de leurs dimensions affectives et intersubjectives, éventuellement conflictuelles.... correspondant à une socialisation, c'est-à-dire -à une société en train de se faire ; 2 - la psychosociologie22 , pratique professionnalisée de consultants23 (ayant ou non une expérience psychanalytique, souvent psychothérapeutes ou sociothérapeutes), voulant oeuvrer en vue d'un changement, (personnel, collectif, intéressant les structures de l'organisation, voire institutionnel ou social), peut, de son côté, être définie comme la démarche clinique, sorte de bras armé24 de la psychologie sociale. Plus poïétique, elle est essentiellement orientée vers une praxéologie25. La formation et l'éducation des adultes26, l'intervention dans les organisations et les institutions27, vont tout naturellement constituer les terrains d'applications privilégiées d'une telle approche. Comme j'ai tenté de le montrer ailleurs28, la posture du clinicien se caractérise principalement par le fait d'être en relation d'écoute, impliquant disposition et travail d'analyse, à partir de l'expression progressive d'une demande, auprès de clients, sujets individuels ou collectifs, personnes physiques ou morale, sur un terrain donné, à l'occasion de situations elles-mêmes inscrites dans une durée. Il y a donc, dans une telle relation, une relative subordination de tous autres visées ou objectifs éventuels à une reconnaissance éthique et pratique des intérêts du client. Sauf perversion, l'élaboration d'un savoir, à partir d'une théorisation inductive des pratiques, ne saurait s'effectuer que sous réserve du respect de cette finalité première. Tout à l'opposé, l'optique propre à la psychologie sociale restait avant tout structurée par une ambition de production de connaissances nouvelles, voulues généralisables, même si elle partait aussi de l'étude de phénomènes et de processus dynamiques nécessairement particuliers, en fonction de l'échelle microsociale. Evidemment, cela n'exclura nullement, de surcroît, la possibilité de retombées à caractère praxéologique, mais celles-ci resteront accessoires ; 3 - des formes plus utopiques, plus militantes, donc plus conjecturales et, par conséquent, plus politisées, d'interventions institutionnelles : la socianalyse, puis, plus tard, la sociopsychanalyse 29. Vers 1960, je dois, en effet, en premier lieu, à l'insistance tout à la fois amicale et rivale de Georges Lapassade la prise de conscience de l'importance d'une dimension institutionnelle également nécessaire à l'intelligibilité des pratiques de formation et d'intervention30. Par la suite, les échanges nés des relations de camaraderie, entretenues dès cette époque, autant avec René Lourau qu'avec Fernand et Jean Oury ou Félix Guattari, et, après 1968, les collaborations, aussi souvent heurtées que fécondes, avec les clans institutionnalistes, dans le cadre du département des sciences de l'éducation de Paris VIII31 , m'aidèrent, tout à la fois, à remettre en question, au niveau de mes représentations, le caractère neutre et technique, déniant encore les implications, volontiers affiché par la clinique psychosociologique, et à distinguer progressivement, de façon de plus en plus nuancée, entre les spécificités respectives de l'analyse organisationnelle32 et de l'analyse institutionnelle33 , en entrevoyant, du même coup, une réalité politique de l'éducation34 . L'approche spécifique de Gérard Mendel, plus orientée psychanalytiquement à l'origine se rapprocha ensuite de l'analyse institutionnelle. Ce qui était apparu à l'époque, à nombre d'entre nous, en tant que critique radicale de la psychosociologie (une "contre-psychosociologie" en quelque sorte, comme il y a par ailleurs l'intention explicite d'une "contre-sociologie" chez René Lourau), peut être tout autant regardé, aujourd'hui, comme une heureuse complexification de celle-ci. Toutes ces approches soulignent bien, au demeurant, la dimension appliquée et finalisée des sciences humaines et sociales (optimisation de l'action et aide à la décision) justement soulignée par Kurt Lewin.

Pour moi, la familiarisation avec les concepts, notions et modèles de la psychologie sociale, par rapport à la psychologie traditionnelle, a bien été l'occasion de ce que W-J-H. Sprott35 appelait fortement une révolution copernicienne, c'est-à-dire une sorte d'inversion radicale des repères mentaux habituels36, comme analogiquement, avec le passage du géocentrime à l'héliocentrisme. Lorsque éventuellement elle se conjuguera, de surcroit, avec une intelligence psychanalytique, cette optique apercevra dorénavant des positions limites relatives en ce qu'elle regardait plus absolument jusque-là : les activités conscientes, rationnelles, volontaires des psychismes individuels, perdues dans un océan plus vaste de significations, un peu comme apparaissaient encore, seules visibles, les parties émergées des icebergs. L'interaction est notamment devenue objet de connaissance à part entière, alors qu'elle n'était auparavant, ailleurs, qu'un épiphénomène, une modalité accessoire de l'être, voire un artefact. Les individus "Pierre" ou "Paul" ne sont plus, du point de vue de leurs fonctionnements psychiques respectifs, pensés isolément, indépendamment l'un de l'autre, seulement en fonction de leurs caractéristiques, et de leurs ressources propres, à partir de leurs aptitudes, de leurs capacités, de leurs tendances, de leurs "squelettes mentaux" (à la façon dont, en chimie, les "corps" sont avant tout définis par leurs propriétés), mais se retrouvent aussi compris, désormais, en tant que produits de leurs relations, c'est-à-dire de leurs altérations mutuelles. J'ai ainsi connu un bouleversement relativement profond, parce que paradigmatique, de mes modes de pensée, de mes représentations de la science et de ses objets. Cette "modification" (au sens que Michel Butor donne à ce terme) a pu être néanmoins grandement facilitée par le vécu anomique et les lacunes de la formation première évoqués précédemment.

Avant même le scandale épistémologique provoqué par la recherche-action37 et le remaniement inévitable du rapport implication-distanciation38 qu'elle entraîne, c'est avec le passage d'une forme de pensée "aristotélicienne39 plus réaliste, plus absolue, à une forme de pensée "galiléenne", plus fonctionnelle et plus relativisée, coïncidant avec une dynamique de "champ40 , qu'une perspective holistique41 s'inscrit dans le champ des sciences de l'homme et que l'ambition d'explication liée à l'analytique cartésienne traditionnelle (décomposition-réduction en éléments plus simples, postulant, au moins à terme, une transparence retrouvée du réel) va pouvoir s'articuler, voire être confrontée, à des formes alternatives d'intelligibilité, notamment compréhensives. Sans exclure une logique combinatoire, ordonnée selon des rapports disjonctifs de causalité, de faits, indéfiniment constructibles, déconstructibles, reconstructibles, évidemment toujours susceptibles de complication-sophistication, nous avons surtout affaire ici à des pratiques sociales, à des situations, à des processus, qualifiés en termes de complexité 42. Il s'agit, par conséquent, de les appréhender de façon plus globale et de les accompagner beaucoup plus que de vouloir les contrôler ou les maîtriser. Par certains côtés, nous nous retrouvons très proches d'une lecture ethnologique43. Il en résulte une importance de la particularité affectant les données empiriques. Les sujets (individuel, personnel, groupal, collectif) se retrouvent partout inscrits dans une telle dynamique, dont l'une des spécificités reste sans doute de nous permettre d'entrevoir, à une échelle plus accessible, certains aspects de la socialisation et de l'invention sociale, si ce n'est de la société elle-même, en train de se faire. Avant la "sociologie des organisations", la psychosociologie marque bien ce "retour du sujet", en privilégiant l'emploi de la notion d'acteur social sur ses différents terrains d'application. Tandis que l'idée même d'agent impliquait que celui-ci reste étroitement défini par ses fonctions et par ses compétences, dans le cadre d'une modélisation mécaniste limitant son initiative et son originalité, l'acteur, au contraire à travers ses rôles, est supposé porteur de projet, producteur de sens, capable de stratégies et d'innovations. S'il y a bien, toujours associée à une telle optique, une intention d'expérimentation d'un changement appliqué à des situations sociales, la référence privilégiée, pour ne pas dire exclusive, à l'hic et nunc, entraînant par conséquent une déchéance de la temporalité, caractéristique de la démarche psychosociologique, affaiblira considérablement la portée d'une telle ambition. En fait, la problématique surtout "managériale"44 visant à promulguer "l'acteur" de façon quelque peu manipulatoire s'est aisément révélée, au regard de lectures critiques plus perspicaces (perspectives institutionnalistes, entre autres 45), avoir fait largement illusion dans le cadre des sciences sociales contemporaines. L'acteur s'est vu, en effet, attribuer, en théorie, juste assez de pouvoir pour devenir ipso facto plus responsable, au niveau de la réalisation stratégique des objectifs, sans que, pour autant, lui soit reconnu le moindre droit quant au choix et à la détermination politique de ceux-ci. Or la pratique nous apprend, bon gré malgré, que le sujet (individuel ou social)46 se caractérise au moins autant par sa négatricité propre (capacité pour chacun de pouvoir déjouer par ses propres contre-stratégies les stratégies dont il se sait être l'objet), par les résistances aux pressions conformistes que par les déterminismes plus globaux qui pèsent sur lui et auxquels il se révèle également soumis.

Comme je l'ai déjà suggéré à travers des travaux précédents47, la question d'une autonomie du sujet ne tient pas seulement au pouvoir mais aussi, et surtout, au vécu de l'autorité et à l'autorisation. Une analyse suffisamment fine montrera sans peine le besoin d'interprétation et la part de création que suppose toujours l'exercice d'un rôle. En revenant au contexte du théâtre, où la notion d'acteur a été élaborée, ce sont le statut et la posture de l'auteur qui nous intéressent principalement ici, parce que l'auteur peut légitimement se penser, et être également reconnu par les autres, comme étant à l'origine (initiation d'une temporalité) de ce qui est en cause, de la chose ou de l'action en train de se faire. Du point de vue de l'éthique, sa responsabilité se trouvera seulement ainsi pratiquement fondée. Les protagonistes d'une situation sociale, les interlocuteurs au sein d'un échange visant à une communication, les partenaires d'une négociation, doivent, en ce sens, être pensés comme autant de co-auteurs. Les pratiques éducatives retrouveront tout naturellement ces analyses et les conforteront.

A cette condition (réhabilitation d'une temporalité-mémoire évitant les risques d'une "fausse conscience"48 , en débordant les limites de l'hic et nunc), la dynamique de l'interaction49 s'enrichit encore de ses capacités d'altération. Pour la psychologie sociale comme pour la psychosociologie, l'intelligence (voulue scientifique et non seulement phénoménologique) du sujet reste contemporaine de celle de l'autre (altérité-altération) dans le cours d'une histoire singulière ou (et) collective. Nous sommes ainsi passés du modèle d'une causalité linéaire, coïncidant avec la recherche d'une univocité, à des formes réticulées, maillées (réseau), supportant mieux la polysémie et l'interrogation sur le sens à travers le jeu interactif des significations50 . A côté du souci classique de l'objectivité positiviste, le projet scientifique a dû faire également place à une lecture de l'intersubjectivité, en termes de complexité51 . Il en est résulté une familiarité et une tolérance accrues à l'ambiguïté, au paradoxe ou à la contradiction. L'évaluation, elle-même, s'incarne au sein des processus et retrouve à travers les relations une échelle micro-sociale, en se distinguant du contrôle 52.

En marge de l'élaboration de ces thématiques, quelques voyages aux Etats-Unis53 et en Angleterre54 , auront été nécessaires, autant pour approfondir les problématiques théoriques de la psychologie sociale que pour compléter des formations55 à la dynamique des groupes, au psychodrame et à la clinique de l'intervention 56 . En 1965, j'ouvre une collection, "Hommes et Organisations", aux éditions Gauthier-Villars. Elle sera entièrement consacrée à la psychosociologie57 (de même qu'à partir de 1975, la collection "Protocoles" à l'Epi)58 . J'ai préparé et soutenu, en 1966, une thèse de troisième cycle, en administration et gestion des entreprises, sous la direction de Jean Mérigot59 . Mais, bien que mes premiers écrits intéressant l'éducation proprement dite60 se situent entre 1962 et 1963, il me faudra néanmoins attendre 1972, pour obtenir une reconnaissance institutionnelle dans ce champ spécifique61 , d'abord en qualité de Maître-Assistant, puis en tant que Maître de Conférences en sciences de l'éducation, à l'université de Paris VIII. A partir de ce moment, ma carrière universitaire va connaître un cours plus normal. Mes investissements se centreront de plus en plus sur les différents domaines de l'éducation, mais toujours en fonction des orientations précédentes62 . Dans le cadre du VI congrès international de L'AISE63, j'assume la responsabilité d'une commission "Psychologie sociale et nouvelles approches pédagogiques", en 1973. La même année je soutiens un doctorat d’État sur travaux, en sciences de l'éducation, à l'université de Caen, sous la direction de Jean Vial, (les autres membres du jury étant : Gaston Mialaret, Max Pagès, Georges Snyders, David Victoroff). Les universités de Mons (Belgique) et de Genève (faculté de psychologie et de sciences de l'éducation) m'inviteront parallèlement, entre 1972 et 1976, pour traiter de cette discipline. En 1978, j'obtiens un poste de professeur à l'université de Caen mais je reviendrai à l'université de Paris VIII ("anthropologie de l'éducation"), en 1986.

Je serai encore à nouveau invité à l'étranger. Je retournerai à deux reprises au Québec. D'autres universités feront également appel à moi pour des enseignements de psychologie sociale appliquée aux domaines de l'éducation (ou pour des interventions) au Portugal64 , au Japon65 et au Mexique66 .

Mais, tout au long de ces péripéties, à la différence de Georges Lapassade, les perspectives microsociologiques, et leurs modes spécifiques d'appréhension des données, n'auront jamais présenté, pour moi, un caractère aussi concret, voire aussi réel, que celui que j'entrevoyais à travers les hypothèses de travail de la psychologie sociale ou de la psychosociologie qui viennent d'être évoquées. La psychologie sociale entendait, en effet, opérer une découpe spécifique des phénomènes, et délimiter, de la sorte, une nouvelle région du savoir. Elle se partageait éventuellement en un certain nombre de courants ou d'écoles, compétitifs entre eux, au sein du même ensemble, dont tous se réclamaient. Elle comptait des représentants et produisait des publications clairement identifiés comme relevant de cette discipline scientifique. La psychosociologie, de son côté, comprenait un éventail de pratiques professionnelles assurées par des cliniciens spécialistes exerçant ce métier. On ne trouve rien de comparable en ce qui concerne les microsociologies. Il n'existe évidemment pas encore, corporativement parlant, de microsociologues praticiens, ou cliniciens, et aucune microsociologie ne prétend, à ma connaissance, constituer, à elle seule, une discipline. Il faut encore remarquer que c'est surtout la sociologie française qui développe une telle problématique. Ainsi que pour la psychosociologie, la littérature étrangère n'en fait guère mention. Enfin, parce qu'elles sont un peu comme l'avers et le revers d'une seule médaille, on peut difficilement parler de microsociologie sans évoquer au moins implicitement la référence correspondante à une macrosociologie. Bien évidemment, les "sociologies critiques", parfois militantes, comprenant un projet de changement social concéderont une place à cette dimension micro-sociale67 .

L'idée de microsociologie, encore appelée "microphysique sociale" était, à l'évidence, présente dans l'oeuvre de Georges Gurvitch68 , qui lui trouvait même des antécédents chez Emile Durkheim69 . Dans l'hypothèse de travail d'une sociologie en profondeur, multidimensionnelle, impliquant déjà une pluralité de perspectives, pour laquelle la société est dans l'homme comme l'homme est dans la société, il y a effectivement place pour un "palier " micro-social, niveau des "formes de sociabilité70 , partie intégrante d'une totalité macrosociale. Ce palier et cette totalité ne s'opposent pas l'un par rapport à l'autre, comme on serait tout naturellement porté à s'y attendre, en parlant plutôt de microsociologie et de macrosociologie, l'une et l'autre ainsi réifiées en deux entités distinctes. Ils sont non seulement complémentaires et interdépendants71 mais demeurent encore homogènes entre eux. En dépit du projet d'un hyper-empirisme dialectique, l'une contient et subordonne toujours l'autre. Cette représentation des rapports entre dimensions "micro" et "macro", à laquelle on ajoutera parfois l'étude spécifique de certains types de formes de sociabilité (groupe, gang, bande ... ) conduira surtout à des lectures systémiques72 , fonctionnalistes ou structuro-fonctionnalistes. Dans une optique plus attachée à l'instrumentation, des méthodologies qualitatives mobilisant "l'observation participante"73 empruntée à l'ethnographie, la "recherche-action" produit de l'école lewinienne ou "l'analyse de conversation" (Harvey Sacks), plus proche du courant ethnométhodologique, pourront aussi être considérées comme caractéristiques d’approches microsociologiques.

Toutefois, les apports spécifiquement liés à un tel courant qui me semblent les plus fondamentaux, marquant aussi davantage des parentés épistémologiques avec la psychologie sociale, résident essentiellement dans des conceptions, proposées comme autant de façons de penser théoriquement l'homme en société. S'y retrouveront, conjuguées, entre autres, les optiques respectives de l'interactionnisme symbolique de l'école de Chicago 74 et de l'ethnométhodologie 75 , sans exclure la phénoménologie sociale d'Alfred Schutz76. Ce sont ainsi des "visions du monde", dont l'influence a d'ailleurs également marqué auparavant le champ de la psychologie sociale77 , qui vont contribuer à enrichir notre intelligence de la genèse sociale78 , quant aux stades et aux moments où celle-ci s'élabore effectivement. Les acteurs, capables d'apprentissage, entreprennent de régler eux-mêmes leur propre mise en scène, à travers des rituels (Erwin Goffman79 ), et produisent du sens à travers les échanges de significations dont les interactions sont naturellement porteuses et créatrices. Sans que, pour autant, l'imaginaire et l'inconscient en sortent nécessairement réhabilités80 , le langage, sa fonction symbolique, l'herméneutique, vont retrouver de ce fait une place privilégiée. Se trouvent alors mis en évidence l'indexicalité affectant irrémédiablement toute parole et tout discours, le non-dit institutionnel, les allants de soi, les savoirs de sens commun... Ces vues souligneront l'importance d'une régulation de l'énergie sociale globale accumulée par la combinaison de facteurs déterminants plus massifs (pesanteur de l'institué, structures, rapports de force macrosociaux), par le jeu microsocial plus subtil d'effets de sens néguentropiques.

Comme dans quantité d'autres disciplines scientifiques, la tentation de retrouver, ou de reconstruire, un continuum homogène reste forte, tant du point de vue de la psychologie sociale et de la psychosociologie, que de celui des microsociologies. Nous l'avons vu, pour Georges Gurvitch le "palier" microsocial n'a pas d'autonomie propre. Il n'est que l'un des niveaux d'une réalité sociale globale plus vaste. Le pluriel, d'explication plus que de compréhension, sera donc, ici, celui d'une multidimensionnalité (ne remettant pas l'homogénéité en cause). Réciproquement, l'espoir de pouvoir expliquer, quand ce n'est corriger, le fonctionnement macrosocial global, à partir de situations, voire d'expérimentations, microsociales, existe aussi bien chez Moreno (sociatrie) que chez Lewin et ses disciples. De leur côté, les pratiques institutionnalistes, avant la prise de conscience d'un échec de leur prophétie utopiste sur ce point, se voulaient être l'instrument d'un changement social radical, révolutionnaire (et pas seulement au sens de la révolution copernicienne), à travers la dialectique retrouvée de l'instituant et de l'institué81. Pour Michel Lobrot ou pour Georges Lapassade, à une certaine époque, la pédagogie institutionnelle devait ainsi permettre, dès la classe, à travers une simulation pédagogique, l'apprentissage d'une autogestion sociale en grandeur réelle82 . Mais, au-delà de ces illusions "monistes", la psychologie sociale jouit en quelque sorte "par construction" d'une autonomie, puisque son projet initial est d'articuler deux ordres de réalités reconnues hétérogènes : les phénomènes psychiques, mentaux, et les phénomènes sociaux, institutionnels, fonctionnels et symboliques. En cela elle est également plurielle, mais cette fois en termes d'altérité plus que de différence, c'est-à-dire multiréférentielle83 et non plus multidimensionnelle. Selon les optiques, elle sera dès lors réputée batarde ou métisse, de toute façon impure. Pour autant qu'elle puisse assumer ce statut hybride, elle tirera de ce seul fait une autonomie, qui serait à la rigueur celle-là même pouvant résulter d'une déviance. Ce ne sera probablement jamais le cas des microsociologies, qui tendront tout naturellement à retrouver une homogénéité, au sein de la discipline mère. C'est peut-être la raison de leur développement actuel (les problématiques théoriques ou cliniques de la psychologie sociale et de la psychosociologie se trouvant de plus en plus souvent relayées au niveau de ce qu'il est convenu d'appeler désormais des microsociologies ou des sociologies cliniques)... En demeurant une des dimensions de l'ensemble macro-social, la microsociologie n'affecte pas fondamentalement la pureté disciplinaire. Le véritable projet de la psychologie sociale, dont la psychosociologie a hérité un certain nombre de caractères, et qu'on retrouve seulement de façon partielle et ambiguë, surtout moins provocante et moins scandaleuse, à travers les perspectives microsociologiques, est celui d'une aventure épistémologique rejoignant un courant de pensée anthropologique plus vaste, allant de la scienza nuova de Vico84 à l'oeuvre de Morin85 . Le savoir portant sur l'homme social ne saurait dépendre d'un seul regard et mobilise nécessairement plusieurs paradigmes reconnus irréductibles les uns aux autres. Surtout, les modèles de déterminisme auxquels on devra faire appel, pour tenter d'expliquer ou de comprendre ne peuvent plus se concevoir comme étant les mêmes d'un episteme à l'autre. En l'état actuel, la connaissance restera plurielle et morcelée. Il y a donc bien matière à une approche multiréférentielle, d'une part des pratiques ou des expériences sociales, d'autre part des modèles et des concepts prétendant rendre compte des phénomènes et des processus observés à travers celles-ci. Cette optique tend heureusement à se développer et se retrouvera maintenant chez d'autres auteurs (situés sur le versant psychologique : Devereux, Pagès, ou sociologique : Crozier, Merton...). Toute la question reste alors de savoir si, de par cette impureté consentie (ce que d'autres ont appelé, plaisamment, sur le terrain politique, une "union contre nature"), ces démarches ne finiront pas par perdre leur statut scientifique. En dépit des retombées tragiques de ses multiples incarnations au sein de différentes idéologies, le mythe de la pureté n'a pas fini de sévir, y compris au niveau de la pensée scientifique, avec ses formes spécifiques d'intégrisme. Le principe de toute tyrannie s'enracine en effet, comme le disait Jacob Burckhardt, dans un refus farouche de la complexité. On peut convenir, avec Max Pagès, que la psychosociologie actuelle n'est évidemment plus celle des années 1970, ce qui suppose d'une certaine manière qu'elle parvienne encore à se renouveler86 ". Rien n'est moins sûr ! Dans un article où je m'adonne au plaisir de la caricature, "Du Psychosociologue, essai sur les ambiguïtés et les signications d'une pratique", j'ai moi-même brocardé, en 1975, ces mues et ces métamorphoses, sinon évoqué carrément l'extinction de l'espèce87 . Il faut malheureusement convenir, en effet, aujourd'hui, que ni la psychosociologie, ni la psychologie sociale, ne semblent s'être beaucoup développées, au cours de ces deux dernières décennies. Avec le départ de Robert Pagès du laboratoire de psychologie sociale, un fond de bibliothèque relativement précieux est allé aboutir à l'Institut National Agronomique, parce qu'il ne trouvait ailleurs ni place, ni intérêt ! On peut alors se demander très sérieusement si, née avec ce siècle (1908, Ross et Mac Dougall), la psychologie sociale connaîtra effectivement le prochain millénaire, ou si les derniers psychologues sociaux, flanqués des derniers psychosociologues, ne se retrouveront pas un jour dans quelques "réserves", comme autant d' "Indiens" en voie de disparition88? Ainsi, un trublion baroque89 , quelque peu dyonisiaque comme aimerait à le dire André de Péretti, aurait été enfin chassé d'un banquet des sciences "à la française", au profit d'un classicisme disciplinaire apollinien redevenu intact. Heureusement, une toute nouvelle association, le Centre International de Recherche, de Formation et d'Intervention en Psychologie (CIRFIP), présidée par André Lévy, fait un pari résolument inverse. Souhaitons donc que celui-ci soit effectivement gagné !

Georges Lapassade, outre le fait qu'il est un des pères fondateurs du courant institutionnaliste, a été constamment associé aux développements de la psychosociologie française90 ", ses travaux en constituent une riche illustration91. Il était donc tout particulièrement qualifié pour coordonner ce numéro de la revue consacré aux interactions microsociologiques, aux psychosociologies et à leurs composantes institutionnalistes. Qu'il soit chaleureusement remercié.

J.Ardoino (août 1994).

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Présentation

COURT TRAITE DE MICROSOCIOLOGIE

On peut regrouper sous l'étiquette de la, ou des, microsociologie(s) - à condition de préciser l'usage qu'on fait de ce terme - l'interactionnisme symbolique, la psychosociologie clinique, l'analyse institutionnelle, la phénoménologie sociale et l'ethnométhodologie ainsi qu'un certain nombre de techniques d'investigation parmi lesquelles l'ethnographie, la recherche-action, et la socianalyse. On peut le faire si l'on admet, du moins à titre provisoire, que ces orientations auraient en commun le fait de travailler sur des objets micro- sociaux.

Pour établir ce postulat de départ, je commencerai par passer en revue ces théories et ces techniques microsociologiques en suivant l'ordre de leur apparition sur la scène des sciences sociales.

I. - LES THÉORIES MICROSOCIOLOGIQUES

1.L'interactionnisme symbolique

L'interactionnisme symbolique (IS) est un courant des sciences Sociales américaines fondé à Chicago au début du siècle par G.H. Mead et par son disciple et successeur Herbert Blumer qui dès 1938, dans un article consacré à la psychologie sociale (c'est son titre) propose de construire cette discipline à partir de Mead et de sa notion d'interaction symbolique.

Au coeur de la pensée de Mead se trouve l'idée centrale selon laquelle les gens sont les producteurs de leurs propres actions et significations. Ils vivent dans un environnement matériel mais les objets de ce monde ont des "sens" particuliers pour chacun, selon les moments.

Les stimuli du monde matériel produisent des réactions "instinctives" : il en est ainsi des "signes naturels" qu'il faut distinguer d'autres signes, que Mead définit comme des symboles significatifs (Mead, 1932). ,

Ces symboles sont nécessaires aux interactions entre les gens et sont en même temps - réflexivement - produits dans ces interactions.

Un symbole, c'est "un stimulus qui a une signification apprise et une valeur pour des gens qui réagissent en fonction de ces significations et valeurs et non de stimulations physiques affectant leurs organes sensoriels" (Rose, 1962). Le langage compte parmi ces systèmes symboliques, tout comme les gestes.

La notion de définition de la situation, dont la première formulation se trouve chez W.I. Thomas (1928) concerne elle aussi l'attribution du sens : elle désigne le fait que les significations sociales ne sont pas inhérentes aux institutions ou aux objets sociaux pris en eux-mêmes, indépendamment des acteurs, mais sont au contraire, attribuées aux événements sociaux par les individus au cours de leurs interactions.

Les acteurs sociaux sont "condamnés" à interpréter continuellement ce qui se passe dans le contexte social local où ils agissent, à donner un sens aux actes des autres pour y répondre. Cette définition de la situation par les membres s'enracine dans leur biographie, dans la situation elle-même, dans la communication verbale et non verbale.

On peut considérer enfin que cette même notion prend en compte le fait que les situations sont toujours construites par les membres. Ou, pour utiliser une notion empruntée à une autre école, la définition de la situation c'est son institution.

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La notion du "soi" (self) - une autre notion fondamentale de G.H. Mead - concerne la construction (ou définition, toujours au sens actif du terme) des identités...

Le soi comprend deux aspects : le je, sa part subjective, est l'intiateur de l'action - il la perçoit et en même temps la construit - et le moi, sa part objective, la part du soi que les autres perçoivent.

L'identité émerge ainsi au milieu des interactions. Elle en est le produit génétique : l'enfant, au début du développement, est pure subjectivité. Puis il apprend progressivement à voir du point de vue de l'autre ; un des mécanismes essentiels de cette socialisation étant le jeu. Ce développement passe par la médiation de l'autre généralisé, une notion elle aussi centrale dans l'oeuvre de Mead, où elle désigne cet ensemble des autres par lequel mon identité est produite et maintenue. Une société n'est possible que si chacun peut y adopter le point de vue commun que désigne cette notion.

Mais l'identité ainsi construite reste fragile, elle est toujours inachevée, toujours à construire et à maintenir, comme les situations. Un interactionniste, Anseim Strauss, (1993) a décrit ce caractère précaire et fondamentalement inachevé de l'identité, sa perpétuelle construction, toujours localisée.

Jack Douglas a souligné les points communs et aussi les différences entre un interactionnisme qu'il appelle comportemental et l'interactionnisme phénoménologique : les deux "considèrent la vie quotidienne comme le fondement de la réalité sociologique humaine (...) mais l'interactionnisme comportemental procède immédiatement à l'imposition au monde quotidien de concepts organisateurs et de formes hypothétiques de raisonnement des acteurs sociaux" (rapporté par Lopez da Silva 1991).

Les microsociologues interactionnistes ne définissent pas leur discipline, comme on le fait ailleurs, par l'étude d'un niveau de la société qui ne prendrait sens que par la prise en compte d'une totalité sociale ; ils insistent au contraire sur son autonomie de plein droit - une autonomie qu'il faut revendiquer en l'opposant à "l'autre sociologie".

C'est ainsi que dans un ouvrage consacré aux sociologies de l'éducation, David Blackledge et Barry Hunt (1985), qui appartiennent au courant anglais de l'interactionnisme symbolique, commencent par rappeler que, pour les tenants des principales approches macrosociologiques, les processus éducatifs ne peuvent être compris qu'à condition de les situer dans le contexte de la société globale : "La vie quotidienne des enseignants, des élèves et des administrateurs d'établissements scolaires est perçue par eux comme dominée par la société (Durkheim), les besoins de la société (les fonctionnalistes), l'économie, le système des classes ou l'idéologie (les marxistes). On peut par conséquent, dit-on, prédire par avance l'aboutissement ultime de l'entreprise éducative : c'est le maintien du statu quo".

Mais cette orientation macrosociologique a fait l'objet de nombreuses critiques. La créativité humaine est ignorée et "on passe à côté de ce qui se passe réellement dans la vie quotidienne des écoles", laquelle intéresse au premier chef, par contre, l'ethnographie interactionniste.

Martyn Hammersley (1984), qui appartient au même courant, formule sous forme de questions un certain nombre d'oppositions entre Macro et microsociologie :

" 1. Doit-on, dans la recherche sociologique, admettre le déterminisme social (comme le fait la macrosociologie) ou doit-on au contraire prendre en compte la liberté humaine (microsociologie) ?

2. La sociologie doit-elle se donner pour objectif de produire des explications par généralisation à partir des phénomènes sociaux particuliers (macro), ou bien doit-elle viser à rendre compte de la vie sociale dans sa complexité et dans tous ses détails (micro)?

3. Faut-il tester la validité des théories sociologiques à partir des données empiriques (macro) ou doit-on prendre en compte, d'abord, leur cohérence interne (micro)?

4. Le sociologue doit-il produire des théories scientifiques qui "documentent" ce qui est en train de se passer "réellement", les "théories" des membres étant alors considérées seulement comme des mythes ou des idéologies (macro) ou bien doit-il élaborer son discours sur la base des interprétations avancées par les membres (micro) ?

5. Doit-on interpréter les événements comme le produit d'une société nationale ou internationale (macro) ou faut-il admettre que des interprétations valables peuvent être élaborées à partir d’observations concernant des groupes et des organisations sociales de petites dimensions (ou même de traits concernant une seule personne) (micro)?"

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David Blackledge et Barry Hunt, dans leur présentation, déjà citée, des sociologies de l'éducation (1985) énoncent quelques principes de base de la microsociologie interactionniste :

1. La prise en compte des activités quotidiennes, qui sont vues comme ce sur quoi la société dans son ensemble est construite. Par exemple : l'important, dans le système éducatif, c'est l'activité au jour le jour des enseignants, des élèves, des administrateurs et inspecteurs. Si l'on veut comprendre quelque chose à l'éducation, c'est par là qu'il faut commencer.

2 . La liberté. L'activité quotidienne n'est jamais totalement imposée ; il y a toujours de l'autonomie et de la liberté dans ce qu'on fait. On ne nie pas pour autant les contraintes, on ne dit pas non plus que le contexte n'influence pas les conduites mais on tient à souligner que les gens produisent leur propre activité, qui n'est donc pas (totalement) soumise à des déterminismes ; la vie quotidienne est produite par les gens agissant en commun et produisant ainsi leurs propres rôles et leurs modèles d'actions.

3. La signification (meaning). La notion de "sens" (meaning) est complexe et difficile à définir sans ambiguïté. Elle semble inclure, à la fois, l'idée d'une orientation (finalité, intention) de l'acte (par exemple lorsqu'on l'utilise pour indiquer l'intention qui anime l'activité de l'enseignant), l'idée de "signification" (ce que maître et élèves retiennent comme étant particulièrement signifiant dans une leçon). Les interactionnistes considèrent que le sens n'est pas imposé par la culture, la société mais qu'il est au contraire construit par les acteurs (une idée de base est que la "réalité" n'est pas transcendante à l'activité des membres mais qu'elle est construite, ou produite, par les membres au cours de leurs interactions, - un terme qu'il faut maintenant tenter de préciser.

4. Les interactions. L'activité quotidienne est rarement solitaire ; elle est faite avant tout d'interactions de chacun avec les autres et quand je donne sens à mes actions je produis aussi un sens aux actions de ceux qui m'entourent. En d'autres termes : j'interprète constamment le comportement de ceux avec qui j'entre en interaction.

Lorsque, par exemple, un élève lève le bras en réponse à la sollicitation du maître qui interroge la classe, ce dernier doit interpréter immédiatement ce geste de l'élève . cela signifie-t-il qu'il connaît la réponse ? Veut-il simplement montrer qu'il n'est pas idiot ? De même, et dans le même temps, l'élève va donner un certain sens au comportement du maître et cette attribution d'un sens va intervenir dans sa décision de lever la main, ou non.

5. La négociation. Les significations attribuées par les acteurs aux actions des autres et d'eux-mêmes ne sont pas établies une fois pour toutes ; elles varient au contraire sans cesse, sont constamment remaniées de sorte que les interactions, qui sont fondées sur ces interprétations, varient elles aussi et doivent par conséquent être renégociées. Et ce processus ne connaît pas d'achèvement.

L'importance centrale accordée par cette orientation microsociologique à la question du sens donné aux actions par les participants conduit à poser en termes nouveaux la question de l'observation et du travail de la recherche. L'interactionnisme est un constructivisme ; à ce titre, il faut admettre que toute observation, et pas seulement l'observation ethnographique, est une construction. Lorsque les interactionnistes en prennent acte, ils sont très proches des thèses développées dans l'ouvrage récemment consacré par Ruth C. Kohn et Pierre Nègre (1991) à l'analyse des "voies de l'observation".

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2. La psychosociologie clinique

La psychosociologie dite « clinique » a trouvé ses premières origines dans le mouvement dit des relations humaines.

On peut séparer, avec Didier Anzieu (1974), trois tendances

- la première se rattache à l'école de la dynamique de groupe (Lewin), à laquelle on pourrait ajouter celle de la sociométrie qui l'a précédée, et que Moreno, son fondateur, présente explicitement comme une "microsociologie". Anne Ancelin-Schutzenberger et le Groupe français de sociométrie, que Jacques Ardoino et l'ANDSHA, une partie de l'ARIP et de ses dissidents comme Max Pagès, d'autres encore, parmi lesquels Claude Faucheux ont contribué à l'installation, en France, de cette orientation.

- la seconde tendance est d'inspiration psychanalytique et se rencontre en particulier en Angleterre (autour du Tavistock Institute, avec W.R. Bion, E. Jaques, notamment), ainsi qu'en France, Didier Anzieu et le CEFFRAPE, certains membres de l'ARIP comptent parmi les représentants de ce courant) ;

-la troisième tendance, enfin, toujours selon Didier Anzieu, se situe dans la tradition anarcho-syndicaliste à laquelle mai 68 a donné une nouvelle actualité, - et l'analyse institutionnelle en est sans doute l'une des expressions1.

La contribution de Max Pagès au présent numéro de cette revue contient suffisamment d'informations sur, "les enjeux historiques de la psychologie clinique" pour que je puisse me limiter à quelques rappels concernant la sociométrie de Moreno et la dynamique de groupe de Kurt Lewin.

La sociométrie de Moreno

Par sociométrie, Moreno entend à la fois

- une technique susceptible de quantifier les interactions sociales, ce qui d'ailleurs se fait effectivement quand on met en oeuvre le "test sociométrique";

- une théorie de la société, on pourrait même dire une philosophie sociale fondée impliquant une opposition entre la spontanéité créatrice des groupes sociaux et la rigidification des conduites et des cultures (d'où sa notion de "conserves culturelles ", par exemple).

Cette philosophie a d'abord trouvé sa source dans la pratique et la théorisation du psychodrame, car c'est par là que Moreno a commencé. Elle retrouve ailleurs des équivalents, et par exemple dans l'oeuvre de Reich lorsqu'il oppose l'énergie libre et l'énergie liée et montre dans la constitution de la "cuirasse caractérielle" aussi bien la base de névroses individuelles que celle des sociétés autoritaires, du fascisme.

La genèse de la sociométrie et son programme peuvent se lire dans les articles et ouvrages que Moreno publie dans les années 40 et dont certains, traduits en français, ont paru pendant la même période dans les Cahiers Internationaux de Sociologie : ils ont contribué à faire connaître, en France, cette école de la sociométrie dans le temps même où le psychodrame y était également diffusé, à partir de 1950.

Moreno entend finalement par microsociologie - car il finit par employer ce terme pour parler de la sociométrie - l'étude d'un petit groupe ou, à la limite, d'un établissement. Il tend à autonomiser cet objet et le mode d'approche qui lui correspond.

Ce mode d'approche, c'est-à-dire la sociométrie au sens que ce terme indique directement (il s'agit de "mesurer" le "social") se propose comme tel.

Mais, à propos de cette mesure, il faut, avec Moreno toujours, distinguer trois tendances :

- certains s'occupent de la "mesure" mais ne rendent pas compte du caractère qualitatif de ce qui doit être mesuré, comme le font par exemple, un grand nombre de démographes, de statisticiens "et de praticiens des sondages d'opinion" ;

- d'autres s'intéressent à la spontanéité sociale et à l'instant social, aux rôles sociaux, aux relations interpersonnelles et n'admettent aucune possibilité, ou presque, d'appliquer dans ce domaine des mesures quantitatives ;

- d'autres, enfin, tentent d'utiliser à la fois la mesure et la compréhension qualitative.

Du point de vue des techniques microsociologiques toujours, on peut encore relever chez Moreno deux idées

- celle d'organiser des expérimentations sociologiques proprement dites, en créant, comme en physique, des dispositifs expérimentaux artificiels ;

- celle selon laquelle, dans ces expérimentations sociologiques, les enquêteurs doivent devenir, non seulement des observateurs-participants, mais également des acteurs-participants.

La microsociologie morenienne s'est définie progressivement comme une étude consacrée uniquement à des formes sociales de dimensions restreintes.

Les écrits de Moreno ont influencé fortement la première vague de la psychothérapie institutionnelle française.

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Par ailleurs, en 1950, Maurice Merleau-Ponty consacrait quelques-uns de ses cours de pédagogie, en Sorbonne, à une lecture existentialiste de Moreno.

L'idée morénienne d'une "révolution sociométrique", a fortement marqué certains courants de la pensée politique française de la même époque : elle a convergé avec la conviction selon laquelle un changement révolutionnaire de la société - une "révolution sociométrique" pour parler comme Moreno, - devrait se faire à partir des petits groupes.

Kurt Lewin et la dynamique de groupe

Tout comme celui de Moreno, l'apport de Kurt Lewin à la microsociologie est double : Lewin a développé une théorie des groupes restreints, d'une part ; et d'autre part il a foncé a recherche-action qui impliquait une technique originale de formation des intervenants sociaux (Marrow 1972).

La notion de dynamique de groupe désignait au départ une microsociologie de laboratoire impliquant une théorisation importante, d'inspiration topologique : Lewin, fondateur de ce courant, parlait de champ de groupe, de champ social. Ses disciples ont continué dans cette voie (expérimentation sur les petits groupes artificiellement créés, et théorisation riche, complexe).

A la fin de sa carrière, Lewin s'attaque à des problèmes de recherche-action (il donne un statut particulier à cette expression) et de là, à des problèmes de formation.

C'est ainsi qu'à la fin de sa vie, en 1946, il invente un dispositif de formation, le training group, en abrégé T. Group) : il s'agit d'un groupe formé par des gens qui se réunissent pendant un certain nombre d'heures pour analyser les processus de constitution et de fonctionnement du "groupe" qu'ils sont en train de constituer.

Un psychosociologue est là pour les aider à formuler le sens de cette expérience sans toutefois leur donner des leçons, ce pourquoi, utilisant une notion empruntée au Psychothérapeute Carl Rogers, on dit que cet animateur pratique dans le groupe une "pédagogie non directive".

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3. La microsociologie de Georges Gurvitch

Dans l'ouvrage qu'il consacre, en 1950, à La vocation actuelle de la sociologie, Georges Gurvitch parle de microsociologie pour décrire un "niveau" ou "palier", de la "société globale" qui est celui des "formes de socialibilité". C'est cette définition, d'ailleurs, et elle seule, qui inspire les dictionnaires français d'usage courant.

Dire que la microsociologie telle qu'il la définit ne s'occupe que d'un "palier" signifie qu'il faut placer les formes microsociologiques dans le contexte de cette "société globale" dont elles ne sont que l'un des aspects. Il reprochera d'ailleurs aux tenants de la sociométrie d'oublier, comme il dit, "le primat ontologique de la société globale".

Par conséquent, et ceci est un point fondamental pour ce qui concerne le statut de la microsociologie, contrairement aux microsociologues anglo-saxons et américains dont on a vu qu'ils revendiquent pour la microsociologie une totale autonomie, Gurvitch, et avec lui la sociologie française dans son ensemble, ne veut pas de cette autonomie.

Examinons maintenant quelques-uns des thèmes fondamentaux de pensée gurvitchienne. Comme Moreno, Gurvitch souligne l'opposition entre :

- "la société en train de se faire" de la société en ébullition, un ensemble de "conduites effervescentes, novatrices et créatrices" ; la spontanéité sociale caractérise en particulier l'ordre du microsocial (des formes de sociabilité) mais pas ce niveau-là seulement ;

- la "société toute faite" avec son système de normes, de symboles établis, de "tout ce qui est acquis, stabilisé, cristallisé dans la réalité sociale" ; avec cette cristallisation, la stabilisation caractérise plutôt certains aspects de la société globale et des groupements qui la constituent.

Or c'est l'étude de la "société toute faite" qui "attire en général les sociologues", et ceci pour plusieurs raisons :

- "le tout fait, le stabilisé, le cristallisé est plus facile à saisir" - "le concept néfaste de l' "institution " a joué ici un rôle" - la "timidité conformiste" des sociologues a été influencée par un "tenace préjugé individualiste qui attribue toute invention, toute création, toute innovation à l’initiative individuelle" .- "l'opposition erronée du "statique" et du "dynamique" est intervenue également pour détourner l'attention des sociologues de ces effervescences collectives qu'on peut observer dans des conjonctures sociales particulières et à des moments historiques précis. C'est le cas des révolutions politiques et sociales, des grandes époques de réformes, des grandes secousses de la vie religieuse... "

Toutefois, ce n'est pas seulement dans des moments historiques exceptionnels qu'on peut étudier ces conduites : en effet, "dans toute société et dans tout groupe particulier, à tout moment de leur existence, un drame aigu se joue entre les forces de conservation ou plus directement entre la "révolution" permanente et "la contre-révolution non moins permanente"...

Deux remarques à ce propos :

- la première concerne cette notion de "révolution permanente" que Gurvitch emprunte certainement à Marx - "la révolution en permanence" et à Trotsky, qui en avait fait un mot d'ordre resté fameux.

Mais pour ces deux auteurs, la "révolution permanente" n'est pas un trait permanent et habituel de notre société ; c'est au contraire ce qui doit advenir dans un moment exceptionnel, une "révolution" qui ne devrait pas s'arrêter, qui devrait au contraire travailler la société en permanence, faute de quoi la bureaucratie pourrait à nouveau s'installer...

Gurvitch connaissait bien la pensée de Marx, et sans doute celle de Trotsky : il avait lui-même vécu "en direct" cette problématique. Et pourtant, il utilise ici ce concept d'une "révolution permanente" sans dire qu'il lui donne un sens particulier, ni pourquoi.

- la seconde remarque concerne le concept d'institution.

Durkheim le considérait, avec son école, comme indiquant l'objet même de la sociologie : "la sociologie, écrivaient ses disciples Fauconnet et Mauss, c'est la science des institutions".

Par contre, Gurvitch détestait ce même terme pour sa polysémie ; il était, disait-il, inutilisable pour un travail scientifique. De plus pour lui, la notion d'institution ne pouvait désigner, comme chez Durkheirn d'ailleurs, qu'un aspect essentiel de "la société toute faite". Or on a vu l'intérêt de Gurvitch pour la société "se faisant".

Paradoxalement, Gurvitch, au moment où il veut chasser le terme institution du vocabulaire des Sciences sociales, est en même temps très proche, mais sans le savoir, des institutionnalistes français qui vont, eux, contribuer à ré-élaborer et réhabiliter ce concept pour décrire la société "en train de se faire".

Un chapitre entier le troisième - de la Vocation est consacré à la présentation des "types microsociologiques" ou "formes de sociabilité" qui sont aussi "les multiples manières d'être lié par le tout et dans le tout". Ce travail peut être comparé "à celui de la microphysique des électrons, des ondes et des quanta" - par opposition à "la macrophysique régie par des régularités fondées sur le calcul des probabilités".

La "microphysique sociale" - autre manière de désigner la microsociologie - a des antécédents, précise Gurvitch, chez des auteurs aussi divers que Durkheim (quand il oppose "solidarité mécanique" et "solidarité organique") Tônnies (avec sa distinction entre Communauté et Société), G. M. Sumner (in et out group), C.H. Colley (quand il sépare les groupes "primaires" ou "de face à face" et les "groupes secondaires") et enfin Moreno décrivant les "rapports interpersonnels de répulsion et d'attraction", ainsi que des "atomes sociaux" ou des "constellations des rapports sociaux" s'enchevêtrant dans des "réseaux Psycho-sociaux".

Après ce rappel concernant ses prédécesseurs, Gurvitch développe une typologie complexe des formes de sociabilité de laquelle nous retiendrons, parce qu'elle est centrale l'opposition entre "sociabilité par fusion partielle dans les Nous et sociabilité par opposition partielle entre Moi, Toi, et Lui".

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La "sociabilité par opposition partielle", c'est celle que la littérature sociologique anglo-saxonne décrit en termes de "relations interpersonnelles" ou "rapports d'interdépendance" avec "la tendance à réduire à ces rapports interindividuels et intergroupaux toute la réalité sociale, en ignorant ou en niant l'existence des Nous.

Parmi ceux qui ont analysé le rapport avec autrui, Gurvitch cite George-Herbert Mead, "qui considère autrui exclusivement comme celui avec qui on peut se comprendre et changer de place et de rôle", Sartre, qui ne voit dans l'autre qu'une "contingence gênante pour le Moi" ou encore Max Scheler, "qui considère Autrui comme toujours actuellement donné à la simple perception d'une part, à l'intuition par la sympathie et l'amour d'autre part".

Dans ses premières publications, Gurvitch avait montré un intérêt manifeste pour la phénoménologie par rapport à laquelle il a pris quelque peu ses distances par la suite sans cependant en rejeter totalement l'inspiration.

La "sociabilité par fusion partielle dans les Nous" se retrouve, avec différents degrés d'intensité, dans "La Masse, la Communauté et la Communion".

Ce rappel de quelques thèmes majeurs est loin d'épuiser le contenu de la microsociologie gurvitchienne ; il peut cependant suffire à en indiquer l'essentiel.

Cette microsociologie, on l'a vu, ne se définit pas - contrairement à d'autres microsociologies - par les dimensions de son objet : la "masse" n'est pas un "micro-groupe".

Par microsociologie, Gurvitch entend l'étude des interactions constitutives du social à un certain niveau. Cette étude trouve sa place dans une conception de la vie sociale qui ne s'arrête pas à ses formes stabilisées et s'efforce au contraire de dégager ce que cette vie contient de spontanéité, de créativité, d'invention.

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4. L’analyse institutionnelle (AI)

Comme son nom l'indique, l'Al se propose pour objectif l'analyse de l'institution, ce dernier terme comportant au moins deux significations :

- l'institution comme cadre social établi des interactions ; - l'institution au sens actif du terme : le travail d'institution de la société par elle-même.

Le premier courant institutionnaliste français s'organisa à partir d'une entreprise de rénovation des établissements (ou "institutions") psychiatriques entreprise dans les années 40.

Ce travail de rénovation impliqua dès le départ une sorte d'analyse de l'institution-établissement qui trouvait ses premiers instruments dans la psychosociologie des groupes : si l'on en croit F. Guattari 1980), François Tosquelles, l'un des fondateurs du courant, "citait plus souvent Moreno et Lewin que Marx et Freud". Le même courant a produit ensuite, dans les années 60, une autre formulation de l'Al (Guattari, /oc. cit.).

Un second courant a trouvé son point de départ, au début des années 60, dans la psychosociologie théorique et dans ses applications à la formation et à l'intervention.

On l'a vu, la diffusion de la psychosociologie lewinienne s'est faite, à partir de 1946-47, par la mise en oeuvre d'un dispositif de formation dont la "dimension institutionnelle" n'était pas analysée. Or, la règle fondamentale de cette formation était d'analyser "tout ce qui se passait ici et maintenant" dans le groupe en voie de formation. Le repérage de cette dimension donna lieu en 1962 à la première formulation de l'analyse institutionnelle.

L'institution cachée dans les groupes de formation était vue alors selon une perspective durkheimienne et parsonienne (on entendait alors par institution le cadre établi des interactions tel qu'il était possible de le découvrir dans l'ici et maintenant d'un T. Group, et là seulement (pas en soi, comme pourrait le faire la macrosociologie).

L'AI a désigné ensuite un mode d'intervention psychosociologique brève dans les organisations et les institutions.

La première orientation de l'Al, au début des années 60, était ainsi exclusivement microsociologique et clinique.

A cette première orientation se sont ajoutés assez rapidement certains apports théoriques de Sartre (1960), d'abord, puis de Castoriadis avec sa distinction, formulée en 1965, puis en 1975 entre société instituante et société instituée.

A la fin des années 60, à Nanterre, sous l'influence d'Henri Lefebvre notamment (Hess et Savoye 1993, chap. 4) l'Al a dérivé vers une conception macrosociologique. C'est à ce moment-là que René Lourau (1970) a coulé la distinction Instituant/institué dans le moule de la dialectique hégélienne.

Dans le même temps, la socianalyse institutionnelle, qui était une version de l'intervention microsociologique, a été considérée comme "la voie royale de l'Al", sa mise en pratique et sa dimension "micro".

En réaction, en partie, contre la dérive macrosociologique de l'Al une nouvelle orientation microsociologique émerge actuellement, sous la poussée de nouvelles recherches ethno-institutionnelles en même temps que sous l'influence de l'interactionnisme symbolique.

Le voisinage des deux écoles, d'ailleurs, n'était pas passé inaperçu aux yeux de tous. C'est ainsi que pour Isabel da Silva (1991) "la parenté de cette perspective (interactionnisme symbolique) avec la théorie et la pratique de l'analyse institutionnelle française n'est pas difficile à établir".

Certaines notions sont constitutives de l'Al, par exemple :

l'instituant, qu'on peut comprendre et décrire soit au niveau macrosocial (Lourau, 1970) d'un instituant extraordinaire, soit au niveau microsocial de l'instituant ordinaire (Lapassade, 1987), expression qui servira à désigner un ensemble localisé de pratiques instituantes ; - l'institué, qui peut être lui aussi saisi dans une perspective macrosociale ou bien dans l'ordinaire des expériences microsociales où se développe la construction sociale de la réalité ; - l'analyseur (AI) : c'est une notion élaborée par F. Guattari à partir d'un concept pavlovien pour désigner ce qui révèle une dimension cachée d'une situation et contribue ainsi au travail d'analyse. Elle a été ensuite retravaillée avec la distinction entre analyseurs naturels et analyseurs construits.

On trouvera une présentation plus complète des notions fondamentales de l'Al dans Hess et Savoye (1993).

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5. La phénoménologie sociale

L'objet de la phénoménologie sociale fondée par Alfred Schütz (1899-1959), c'est l'étude de l'attitude naturelle de l'homme dans son monde-vie et de la manière dont il le constitue.

Ses trois composantes essentielles sont :

- l'attitude naturelle ; - le stock de connaissances (communes) à notre disposition pour comprendre notre monde-vie et ceux qui l'habitent avec nous ; - certaines procédures de la connaissance commune, comme les typifications et catégorisations (I'ethnométhodologie, qui doit beaucoup à l'oeuvre de Schütz, définira ces procédures, avec Garfinkel, en termes de raisonnement sociologique pratique, ou de sens commun).

a) L'attitude naturelle

Schütz décrit le monde social tel qu'il est rencontré par ceux qui y vivent. Cette description se fonde sur le rapport au monde-vie en général. Ce monde se présente au membre d'un groupe comme :

- un donné objectif, préexistant à sa naissance, et survivant à sa mort ; - disposant d'une histoire indépendante de celle du membre ; - ayant une structure récalcitrante avec laquelle le membre doit compter s'il veut faire aboutir ses projets ; - pourvu d'une structure d'ordre - il se présente enfin de la même manière pour moi et pour autrui si on met à part les effets de perspective liés aux différences temporelles, spatiales et biographiques.

"Toutes ces thèses que la phénoménologie décrit comme rapport du sujet connaissant et agissant aux objets qui l'entourent, valent aussi pour le rapport au monde social. Le monde social a une constitution objective qui ne va pas de soi pour tout le monde. Il fait monde au même titre que le monde naturel, et au même titre que lui, il s'offre comme structure résistante aux projets du membre. Plus spécifiquement, les dimensions pertinentes du monde social pour la situation présente sont réellement inventoriées ou potentiellement inventoriées par des procédés ou des recettes. Ceci veut dire que le membre d'un groupe peut connaître - disons qu'il peut le déterminer au moyen d'une investigation - les procédés ou les recettes à l'aide desquels lui-même et les autres gèrent et comprennent telle activité" (Zimmerman et Pollner, 1970, résumé par Renaud Dulong 1985).

b) Le stock de connaissances à (ma) disposition

On peut, avec Kenett Leiter (1980), décrire le "stock de connaissances à ma disposition" comme suit :

- il vient de la société "Une petite partie seulement de ma connaissance trouve son origine dans mon expérience personnelle. La part la plus importante est d'origine sociale (social derived), elle m'a été transmise par mes amis, mes parents, mes maîtres et les maîtres de mes maîtres" (Schütz 1987) ; - il est socialement distribué, ce qui signifie que ce que chacun connaît est différent de ce que connaît l'autre ; selon les sujets abordés, nous sommes tous experts ou novices; - la distribution sociale de la connaissance fait elle-même partie du stock de connaissances à ma disposition, de sorte que si quelqu'un est confronté à un problème qu'il ne maîtrise pas il sait qu'il peut trouver un expert en la matière ; - le stock de connaissances est construit sur et formulé dans le langage quotidien, de sorte que ce langage commun est son médium; - les typifications, maximes et définitions ont un "horizon ouvert de significations" ; elles sont en d'autres termes, potentiellement équivoques. Les sociologues voient là un trait négatif de cette connaissance : ils citent par exemple le fait que quelqu'un, faisant usage de sens commun, pourra expliquer tel mariage à la fois par l'attirance des éléments opposés, mettant en oeuvre la maxime selon laquelle "les contraires s'attirent", et tel autre en rappelant cette autre maxime : "qui se ressemble s'assemble". Mais il faut voir que cet usage de telle ou telle maxime dépend des circonstances : on peut utiliser la première à propos de tel couple et la seconde à propos d'un autre - pas du même, bien sûr - sans pour autant se contredire ; - le stock de connaissances ne doit pas être vu comme une sorte de magasin ordonné d'informations et de typifications. Il n'est pas ordonné selon des règles de la logique formelle parce que, comme on vient de le voir, la signification des éléments qui le composent est toujours dépendante du contexte d'usage (Leiter, 1981).

c) Le raisonnement pratique ou de sens commun

Les pratiques dites "du raisonnement de sens commun" interviennent dans le prélèvement méthodique des éléments du stock de connaissances en fonction des nécessités d'une situation donnée ; les éléments de ce "stock à portée" ne contiennent pas en eux-mêmes leur mode d'emploi. Ils ont une "structure ouverte" qui nécessite à chaque instant des décisions "raisonnées" concernant leur emploi.

La typification est une procédure de sens commun (Schutz) avant d'être une démarche scientifique. Notre vie quotidienne implique déjà constamment, des typifications profanes. Par exemple : les enseignants se donnent, ou trouvent dans leur milieu de pratique, des types d'élèves qu'on peut découvrir, en relevant dans les "bulletins scolaires" les appréciations courantes du genre : "enfant à problèmes ", "immature", ou "fait preuve de maturité", "étudiant moyen", "brillant", etc.

Par ailleurs, Max Weber a élaboré la notion des types idéaux qui constitue un élément fondamental de sa méthodologie sociologique savante. Pour étudier l'administration, par exemple, il construit le « type idéal » de la bureaucratie qui permettra d'aller à la rencontre des documents historiques ou du terrain.

Il définit la bureaucratie comme un mode d'organisation sociale présentant un certain nombre de traits constitutifs : la notion de carrière, le recrutement par des examens et des concours, l'impersonnalité des tâches, la constitution de dossiers et d'archives, etc.

Ce travail aboutit à l'élaboration d'un modèle savant, ou "type idéal" de la bureaucratie ; c'est un travail scientifique et non pas, pour Weber, un procédé courant et quotidien. Weber ne voit pas que cette typologisation savante s'enracine dans des pratiques quotidiennes de typologisation profane (Bittner 1965) comme celles des enseignants dans leurs pratiques de tous les jours. Il y a réciprocité des perspectives lorsque deux interactants supposent que leur expérience de la scène de leurs interactions est la même, ce qui implique que chacun réagit à la scène de manière identique. Les deux participants doivent donc présupposer que chacun tiendra des propos identifiables et intelligibles nécessaires au déroulement de l'interaction.

La réciprocité des perspectives ne peut s'opérer sans la mise en oeuvre de procédures appelées sous-routines. Une sous-routine est la capacité de l'acteur à traiter un terme lexical en tant qu'indicateur d'un plus grand réseau de significations. Elle permet à l'acteur de suspendre son jugement sur le sujet jusqu'à ce qu'une information complémentaire se présente (Schütz, 1987).

D'autres notions encore sont utiles à la description du savoir de sens commun comme celle des savoirs d'arrière-plan désignant des connaissances implicites partagées par les membres d'un groupe, connaissances qui sont mobilisables (sans être explicitées) pour effectuer un travail d'interprétation dans les interactions.

Selon Jürgen Habermas (1982), ce savoir a des caractéristiques singulières :

- Il ne peut être représenté sous la forme d'un nombre fini de propositions ; - Il est de "structure holiste", ce qui signifie que ses éléments renvoient les uns aux autres ; - Il "n'est pas à notre entière disposition" : nous ne pouvons le rendre conscient ni le mettre en doute à notre gré.

On peut résumer l'apport de la phénoménologie sociale par la mise à jour d'un savoir social qui est fondé sur un intérêt pratique et concret pour le monde (les gens dans leur vie quotidienne ne sont pas contraints par les règles de "la rationalité scientifique"), socialement distribué et tacite.

Ce savoir social prend le monde comme allant de soi ou, comme dit Schütz, il "suspend le doute" sur ce monde.

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6. L'ethnométhodologie

On entend par ethnométhodologie, non pas une méthode (ou une méthodologie) pour l'ethnologie mais l'étude ("logie") des ethnométhodes, terme produit par Harold Garfinkel, fondateur de ce courant de la sociologie, pour désigner les procédures qu'on utilise dans la vie quotidienne, continuellement, mais sans y prêter attention, pour communiquer et interpréter le social» à toutes fins pratiques" et qui sont, par conséquent, constitutives du raisonnement sociologique pratique.

C'est dans l'oeuvre de Schütz que Garfinkel a trouvé cette idée, fondamentale, d'une sociologie non professionnelle, qui a sa propre logique et ses méthodes qui sont celles du sens commun : "nous sommes tous, écrit Schütz dès 1932, des sociologues à l'état pratique". Schütz soulignait les différences entre l'attitude naturelle, celle de l'homme au travail dans son univers quotidien, et l'attitude scientifique.

Garfinkel a raconté comment, en 1954, ayant quitté l'université de l'Ohio il avait travaillé à l'analyse de bandes enregistrées au cours des délibérations d'un jury de tribunal. Il en était venu à décrire les procédures mises en oeuvre par les jurés en termes d'ethnométhodes, - en opposant ce terme à la notion de méthodes utilisées pour la constitution du savoir scientifique.

Ces procédures sont, dans le langage de Garfinkel, les accomplissements pratiques (instituants) qui produisent les "faits sociaux" (institués). On peut dire par là que l'ethnométhodologie, qui n'utilise pas ces termes, a elle aussi le projet d'analyser le travail ordinaire d'institution qui était également celui de l'interactionnisme symbolique : "L'ethnométhodologie prend pour objet l'activité méthodique des membres dans la production et le maintien de l'ordre social.

Les ethnométhodologues ne se réfèrent pas à des "rôles", "normes" ou - "règles" transcendant les interactions et les gouvernant. Ils veulent comprendre comment les gens utilisent les normes pour interpréter le social dans leurs interactions. Comment arriver alors aux processus interprétatifs des membres?" (Da Silva 1991).

Si l'ethnométhodologie ne propose pas explicitement de méthode spécifique pour saisir ces processus, on peut cependant retenir

- d'abord une recommandation de Garfinkel, directement inspirée de la notion phénoménologique de réduction : rendre la situation familière "anthropologiquement étrange", n'accepter rien comme évident (to take nothing for granted), envisager comme problématiques les événements quotidiens, surtout ceux que nous nous sommes habitués à considérer comme naturels, inévitables et immuables ;

- une deuxième recommandation est d'analyser le langage des membres en mettant l'accent sur "la nature, la construction et l'expression des techniques de régulation, des routines conventionnelles, des pratiques par lesquelles les membres d'une société rendent leurs actions compréhensibles par d'autres" (Lopez da Silva, 1991).

En effet, "pour que les membres puissent écrire, interpréter, expliquer, raconter le monde social, il faut que celui-ci soit disponible d'une manière ou d'une autre, c'est-à-dire intelligible, descriptible, analysable, observable, racontable, bref : "accountable". (Quéré 1984).

Un certain nombre de notions sont constitutives de l'ethnométhodologie.

Les deux notions, fondamentales chez Garfinkel, de l'indexicalité et de la réflexivité, sont indissociables et désignent des propriétés fondamentales des langages et des actions sociales.

Un linguiste, Bar Hiliel (1954) a parlé d'indexicalité dans un sens linguistique restreint, pour désigner les déictiques ; il s'agit de termes comme "ici", "maintenant", "ceci", "cela", qui n'ont de signification que par référence à un contexte. Garfinkel a généralisé cette notion à l'ensemble du langage de tous les jours. Pour lui, l'indexicalité est à la racine du langage naturel et elle est irrémédiable.

- On entend par réflexivité la relation circulaire entre les éléments constitutifs d'un contexte et le contexte lui-même : les éléments constituent leur contexte qui, en retour, donnent sens à ces éléments.

La "psychologie de la forme" (gestalt-théorie) peut aider à comprendre la notion de réflexivité en l'illustrant.

Selon la gestalt-théorie, tout élément d'une structure et la structure comme totalité se déterminent, se produisent réciproquement. La couleur que je vois sur la couverture de ce livre posé sur cette table est déterminée par son contexte de lumière et de coloration (c'est la dimension indexicale de l'activité réflexive) en même temps, la même couleur contribue à produire son contexte de coloration et de lumière.

En même temps, cette perception implique une activité. Mon regard sur les choses les organise, les constitue par un découpage producteur d'un ordre qui en même temps s'impose à moi comme l'exprime Paul Vaiery en un vers qui dit l'essentiel de la réflexivité : "tout entouré de mon regard marin... "

La réflexivité est, avec l'indexicalité, constitutive du langage et des descriptions du monde que je produis : si je décris une situation, je contribue à la constitution de la situation que je suis en train de décrire. Dans la pratique ethnographique l'observateur participant contribue à produire par ses descriptions la situation qu'il décrit (Schwartz et Jacobs 1979).

La notion d'ad-hocing désigne l'application concrète et locale d'une règle générale. Cette application ad hoc suppose toujours des aménagements, "un "bricolage institutionnel". Le terme braeching (ou making trouble) désigne une technique de perturbation délibérée du réel quotidien visant à montrer comment les structures des activités quotidiennes sont normalement et routinièrement produites et maintenues.

Les catégorisations sont la manière dont les acteurs décrivent et "structurent" le monde et, pour ce faire, créent des catégories ou "des types". Les catégories sont organisées en "dispositifs de catégories " (H. Sacks : category device). Ces dispositifs ont une structure interne. Un dispositif de catégorisation, c'est une collection de catégories plus des règles d'application (Sacks).

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La notion de Corpus contingent (occasioned corpus of seting features ou OCOSF) a été élaborée par Don Zimmerman et Melwin Pollner (1970), pour désigner "une réalité sociale locale en tant que corrélat de pratiques locales de production du social".

Un corpus contingent comprend

- La continuité historique de l'espace social ; - Les statuts des participants, etc.

Pour l'acteur social, le corpus contingent est la scène de l'action. Pour l'ethnométhodologue, le OCOSF, est l'ensemble des ethnométhodes mises en oeuvre par les membres pour produire (accomplir) cette scène et pour l'objectiver. Ces pratiques constituent un ensemble unique, local, indexical et instable.

La "compréhension mutuelle n'est pas le fait d'un accord sur les faits, ni le fait d'une stricte obéissance à des règles, mais de différentes méthodes sociales pour identifier quelque chose et pour se comprendre. Cette notion désigne un "travail d'interprétation et la reconnaissance d'un travail identique chez l'autre" (Widmer).

On parle de langage commun pour désigner le langage partagé par les membres d'un groupe donné, précis, local, indexical. Est membre celui qui maîtrise le langage commun du groupe.

On désigne par la notion de méthode documentaire d'interprétation une démarche cognitive consistant à rechercher un modèle unique (pattern) sous-jacent à un ensemble de phénomènes concrets qui permet de les interpréter. Les faits concrets sont perçus comme les documents, ou exemples, de ce modèle. Ils représentent et incarnent localement la notion sous-jacente (le modèle qui permet de les interpréter) et, par conséquent, ils contribuent à son maintien. La relation entre le "modèle" et le (ou les) "documents", est réflexive.

Mannheim avait décrit cette méthode au niveau de la sociologie savante. Garfinkel a repris la notion en montrant qu'elle est pertinente aussi, et d'abord, au niveau de la sociologie profane où on pourrait la définir comme une ethnométhode documentaire d'interprétation. Elle est une dimension essentielle du raisonnement sociologique pratique et, à ce titre, elle constitue une bonne illustration d'indexicalité et de réflexivité (Leiter 1980).

On désigne parfois (Cicourel 1974) les ethnométhodes en termes de procédures interprétatives.

Dans la sociologie profane, interpréter, c'est notamment :

- rechercher "une forme normale" : en procédant par normalisation des disparités, des ambiguïtés - postuler la réciprocité des perspectives que décrit la phénoménologie sociale ; - employer la clause et coetera consistant à donner à un terme une signification provisoire qui sera ensuite davantage cernée.

Selon l'ethnométhodologie, lorsqu'un sociologue remarque qu'une norme sociale est pertinente dans une situation sociale, il doit chercher à comprendre non pas - comme le voulait Parsons - comment cette norme détermine cette situation, mais comment elle est utilisée par les acteurs sociaux en tant que ressource pertinente permettant d'interpréter et, ce faisant, de construire cette situation.

Le devenir de l'ethnométhodologie

Dès les années 60, Cicourel, Bittner, Sudnow, Zimmerman et Poliner faisaient partie de la première génération de l'ethnométhodologie.

Entre 1970 et 1980, la deuxième génération - Bellman, Leiter, Mehan, Shumsky, Wieder - se fait connaître par une abondante production de thèses, ouvrages et articles à base ethnographique. C'est "l'âge d'or" du courant et le temps de sa plus grande diffusion.

Aujourd'hui, l'ethnométhodologie a trouvé sa place dans la sociologie américaine et ailleurs. Mais elle tend à se diluer dans l'analyse de conversation, la sociologie des sciences et autres disciplines connexes. Par exemple :

- une version ethnométhodologique de l'analyse de conversation est issue des travaux de Sacks et Schegloff ; - d'autre part, l'ethnographie constitutive de H. Mehan - qui a produit cette expression - est issue elle aussi de l'ethnométhodologie.

Elle donne à voir, sur le terrain de l'école, la relation entre le travail d'institution ordinaire et l'ordre institué, comme l'indiquent certains titres d'ouvrages de Mehan tels que : Structuring shool structure (1978) ; Handicapping the handicapped (1986). Cette ethnographie constitutive pourrait être définie aussi bien comme une ethnographie institutionnaliste...

On peut citer l'exemple du travail que Mehan consacre à la notion de la socialisation, terme qui désigne habituellement le processus par lequel une culture (un mode de vie) est transmise d'une génération à l'autre.

- Lorsque l'étude de la culture est influencée par la théorie psychanalytique, la recherche sur la socialisation se concentre sur le développement de la personnalité. Le sevrage, l'apprentissage de la propreté, le contrôle du sexe la dépendance et l'agression, et d’autres aspects de l'enfance et de l'éducation des enfants caractérisent les études de la socialisation à partir du point de vue réunissant la psychanalyse et l'anthropologie culturelle.

- Pour l'ethnographie constitutive, la culture est définie par la compétence des membres. Une vision différente de la socialisation émerge : elle devient un processus interactif et symbolique par lequel les gens deviennent des membres compétents de leur communauté (Mehan).

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II - MÉTHODOLOGIES MICROSOCIOLOGIQUES

1. L'ethnographie

Le terme ethnographie, au sens strict, désigne la description (graphie) d'un ethnos (terme qui, après avoir désigné l'autre, le "barbare", l'étranger, le non-grec, en est venu à désigner un peuple, une culture.

Si l'ethnographie professionnelle est un métier, une manière de faire de la recherche en anthropologie et en sociologie déjà, dans la vie courante, les gens produisent constamment des "ethnographies" (Garfinkel 1967).

Traditionnellement, le terme ethnographie désigne le travail de terrain (fieldwork), première étape d'une recherche qui conduira ensuite à une élaboration/théorisation nommée ethnologie (Malinowski 1922).

Aujourd'hui, le terme ethnographie tend à désigner une discipline a part entière qui comporte à la fois une méthode, (l'observation participante et les techniques annexes) et un travail d'interprétation des données recueillies au cours du travail de terrain.

L'ethnographie en tant que méthode d'enquête a été d'abord pratiquée auprès de sociétés lointaines.

Puis, dès le début du siècle, l'approche ethnographique - ou ethnosociologique - des sociétés modernes a été pratiquée, par les sociologues de l'université de Chicago.

Ils étaient influencés à la fois par le travail de terrain en anthropologie, le travail social (beaucoup d'enseignants et d'étudiants du département de sociologie de Chicago étaient aussi des travailleurs sociaux, une école de travail social étant intégrée au département à ses débuts), les techniques du journalisme d'enquête (l'influence de R. Park, professeur à Chicago et ancien journaliste de reportage était à cet égard déterminante), les études dites de "communautés", certaines formes de sociologie du travail.

Dans les années 60, la tradition ethnographique de Chicago, devenue minoritaire à partir des années 30, s'est renouvelée et s'est enrichie des apports de courants voisins, en particulier la phénoménologie sociale désigne la description (graphie) d'un ethnos (terme qui désigne un peuple, une culture).

L'ethnographie part de l'idée que chaque groupe construit ses propres réalités culturelles distinctes ; pour les comprendre, il faut les observer de l'intérieur, ce qui est plus ou moins difficile étant donné la distance culturelle parfois entre l'ethnographe et le groupe étudié. D'où la nécessité d'une présence plus ou moins prolongée dans ce groupe, d'abord pour y être accepté, ensuite pour apprendre sa culture. La vie du groupe étudié peut impliquer certaines propriétés constantes qu'il importera de décrire, mais aussi un flux, un processus avec des oscillations, des ambiguïtés etc.

Le travail ethnographique de terrain implique fondamentalement l'observation participante (notion qui désigne la démarche ethnographique en son ensemble, depuis l’arrivée du chercheur sur le terrain, quand il commence à en négocier l'accès, jusqu'au moment où, après avoir participé à la vie des gens qu'il étudiait, il les quitte après un long séjour), l'entretien ethnographique (qui ne se conçoit pas, en général, sans dispositif d'observation participante) et l'analyse de documents, ou "matériaux", officiels et personnels (journaux personnels, lettres, autobiographies et récits de vie produits conjointement par le chercheur et le sujet), etc.

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L'observation participante

L'observation participante est le dispositif fondamental de l'enquête ethnographique. Il s'agit d'une "recherche caractérisée par une période d'interactions sociales intenses entre le chercheur et les sujets, dans le milieu de ces derniers. Au cours de cette période des données sont systématiquement collectées (...). Les observateurs s'immergent personnellement dans la vie des gens. Ils partagent leurs expériences" (Bogdan et Taylor 1975).

Les données collectées au cours de ce séjour viennent de plusieurs sources et notamment de "l'observation participante" proprement dite (ce que le chercheur remarque, "observe" en vivant avec les gens, en partageant leurs activités), des entretiens ethnographiques, des conversations occasionnelles de terrain, de l'étude des documents officiels et surtout, des documents personnels.

L'observateur participant va s'efforcer d'acquérir une "connaissance des membres". Il va tenter d'identifier les motifs qu'ils avaient pour faire ce qu'ils ont fait, d'établir ce que leurs actes signifiaient pour eux-mêmes à ce moment-là. On retrouve ici la notion weberienne de verstehen, un terme que Max Weber emprunta au langage courant. On a traduit verstehen - par "comprendre" en l'opposant à "expliquer" : expliquer renvoie à l'analyse causale en extériorité (sociologie 1) alors que comprendre suppose une empathie, une capacité de voir les "choses" du dedans.

La négociation d'accès au terrain

L'enquête ethnographique, suppose en général une négociation d'accès au terrain. Mais quand on négocie l'accès au terrain, on est déjà sur le terrain. En même temps, il faut toujours en renégocier "l'accès". Le rapport aux gens doit être constamment négocié et renégocié tout au long de la recherche et pas seulement une fois, au début seulement. Rien n'est jamais acquis définitivement et globalement.

Des problèmes pratiques se posent pour le premier contact, et, par exemple : comment m'habiller pour rencontrer le directeur? Que vais-je lui dire ? Qui doit négocier avec les autorités, en cas d'enquête faite par une équipe? Comment présenter le projet ? Comment conduire ensuite des négociations plus localisées ?

Adler et Adler (1986) décrivent plusieurs manières de négocier l'entrée, de s'introduire dans la périphérie d'une situation et de se faire des relations utiles pour la recherche.

Certains ethnographes passent par ceux qui ont le pouvoir statutaire de faire admettre quelques-uns dans une institution en ouvrir les portes. On les appelle "gate-keepers".

Exemple : W.F. Whyte trouva "l'entrée" de son terrain, un quartier italien de Harvard - grâce à un travailleur social de "Cornerville" qui lui présenta le chef d'une bande de jeunes qui devait l'introduire dans cette bande et dans le quartier tout entier (Whyte 1955).

Un autre type de relations facilitatrices a été décrit par une ethnographe à propos d'une étude des cadres médicaux d'hôpitaux du Québec. Elle avait d'abord commencé par les méthodes traditionnelles de négociations d'accès au terrain : les lettres d'introduction, les conversations téléphoniques, les rendez-vous pour des entretiens). Mais elle n'était pas satisfaite par les résultats obtenus jusqu’au jour où, de manière imprévisible, elle fût aidée par ses origines sociales : elle appartenait à l'élite de la société et c'était là son atout fondamental, découvert par hasard au cours d'un entretien avec un dirigeant qui se trouvait être un ami de sa famille. Cette circonstance transforma la situation initiale de telle sorte qu'à partir de ce jour, la qualité des entretiens menés par l'ethnographe changea complètement : elle entra véritablement dans la recherche déjà engagée.

On notera ici l’ambiguïté de la notion ethnographique d'entrée ou d'accès au terrain : tantôt ce terme, "entrée", désigne la permission formelle d'accès, et tantôt le même terme concerne le moment où est acquise la confiance de membres qui acceptent de s'ouvrir réellement à l'enquêteur.

Les rôles du chercheur dans l'observation participante

Parler du rôle du chercheur, de son degré d'implication, de sa manière de participer (qui peut évoluer en cours de travail) c'est décrire le travail de terrain (le field - work) lui-même à partir de sa référence centrale : le chercheur dans sa relation à la situation.

Quel rôle le chercheur participant peut-il assumer sur le terrain ? Cette question est devenue centrale dans la littérature ethnographique dès que les ethnographes interactionnistes ont commencé entre 1950 et 1960, à réfléchir aux fondements de leur pratique.

L'un des premiers à traiter la question fut R.L. Gold (1958) dans un article qu'il consacra aux rôles de l'ethnographe dans le fieldwork sociologique. Il distingua "l'observateur complet", "l'observateur en tant que participant", "le participant en tant qu'observateur" et le "participant complet", catégorisant ainsi des attitudes de l'implication minima à l'implication maxima. Ces catégories ont été reprises et développées par Junker (1960).

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Adler et Adler (1987) ont eux aussi repris, mais en la modifiant, la catégorisation de Gold. Ils présentent trois types d'appartenance et d'implication : périphérique, active et complète.

a) L'observation participante périphérique (OPP) Les chercheurs qui choisissent ce rôle - ou cette identité -, considèrent qu'un certain degré d'implication est nécessaire, indispensable pour qui veut saisir de l'intérieur les activités des gens, leur vision du monde. Ils participent suffisamment à ce qui se passe pour être considérés comme des "membres" sans pour autant être admis au "centre" des activités. Ils n'assument pas de rôle important dans la situation étudiée.

Le caractère "périphérique" de ce premier type d'implication trouve son origine, d'abord, dans un choix d'ordre épistémologique : certains chercheurs estiment que trop d'implication pourrait bloquer chez eux toute possibilité d'analyse.

Une seconde source de l'implication périphérique tient au fait que le chercheur ne souhaite pas participer à certaines activités du groupe étudié, comme cela se produit avec certains groupes déviants.

b) L'observation participante active

Le chercheur s'efforce de jouer un rôle et d'acquérir un statut à l'intérieur du groupe ou de l'institution qu'il étudie. Ce statut va lui permettre de participer activement aux activités comme un membre, tout en maintenant une certaine distance : il a un pied ici et l'autre ailleurs.

c) L'observation participante complète

La "participation complète", se subdivise elle-même en deux sous-catégories :

- une participation complète par opportunité où le chercheur met à profit l'occasion d'enquêter du dedans qui lui est donnée par son statut déjà acquis dans la situation. Le chercheur, ici, est d'abord membre de la situation.

Un exemple particulièrement intéressant serait celui de Nels Anderson (1 923 ; 1993 pour la traduction française) qui fut d'abord fils de hobo - un travailleur migrant, sans domicile fixe - et hobo lui-même avant de préparer à Chicago un mémoire de maîtrise sur le hobo ; mais dans un texte autobiographique ultérieur, Anderson déclarait qu'il ne fallait pas considérer son travail comme un modèle d'observation participante étant donné que cette démarche ne pouvait désigner, pour lui, que quelqu'un qui vient du dehors pour enquêter. Or, dit-il, j'étais dedans !

- une participation complète par conversion... Adler et Adler font référence, à ce propos, -à Benetta Jules-Rosette qui partie pour étudier les Bapostolo d'Afrique et qui se convertit à leur contact, adopta leur religion, fut baptisée et raconta son baptême (avec transes) (Jules Rosette 1976). Cette dernière forme de participation est mise par Adler et Adler au compte de la recommandation ethnométhodologique qui demande au chercheur de "devenir le phénomène qu'ils étudient" (becoming the phenomenon : Mehan et Wood 1975).

L'observateur participant externe (OPE) et l'observateur participant interne (OPI)

L'opposition entre le dedans et le dehors traverse l'ensemble des travaux contemporains sur l'observation participante ; mais elle n'est pas suffisamment systématisée.

On peut distinguer deux rôles, qui ne sont pas en général présentés comme tels dans la littérature ethnographique : celui de l'observateur participant externe (OPE), d'une part, et celui de l'observateur participant interne (OPI), d'autre part :

- l'OPE vient du dehors, et c'est la condition habituelle du chercheur : il vient pour un temps limité, le temps de sa recherche, sollicite le droit d'entrer sur le terrain, reste là pendant quelques mois, rarement quelques années, puis quitte le terrain et rédige sa thèse, ou son rapport ;

- l'OPI, au contraire, est un chercheur qui est d'abord "acteur" dans un groupe où il a déjà sa place, dans un milieu qu'il va ensuite étudier ou dans une institution où il exerce une fonction.

Il lui faut faire alors le chemin inverse de l'OPE : alors que l'observateur participant externe (OPE) a d'abord un rôle défini, statutaire, de chercheur et qu'il doit, pour un temps, s'installer dans un rôle d'acteur (de «participant"), l'OPI part d'un rôle permanent et statutaire d'acteur et il lui faut, à partir de là, accéder au rôle de chercheur. C'est la condition des enseignants, des travailleurs sociaux, des étudiants chercheurs travaillant en entreprise et qui décident de mener une recherche à partir de (et sur) leur institution, leur classe, leur atelier.

Au début du siècle, et surtout entre 1929 et 1930, nombreux étaient à Chicago les étudiants en sociologie qui étaient aussi des travailleurs sociaux ou qui se préparaient à le devenir. Ils devaient donc - tout comme les enseignants chercheurs qui viennent à l'université et préparent un doctorat sur leur pratique institutionnelle, effectuer un passage de la participation totale aux situations qu'ils vivaient à l' "observation". Leur pratique passée ou en cours devenait un objet de recherche pour préparer leurs thèses. En accédant au rôle, nouveau pour eux, de chercheurs, ils devaient conquérir une "distanciation" à partir d'une position initiale, et non professionnelle, de "participation - complète", d'immersion dans leur "terrain.".

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Participation et distanciation

Comment faire à la fois la part de l'implication dans la vie d'un groupe et d'une institution objet d'une recherche et celle du recul nécessaire, de la distanciation, nécessaire si l'on veut rester un "chercheur" ?

Comment éviter de devenir soi-même un "indigène" (going native), c'est-à-dire de se "convertir" totalement à la culture de l'autre? Telle était la question que se posaient les tenants de la tradition de Chicago. Une recommandation la résume : "No going native "! .

La participation "complète" par "conversion" suppose, on l'a vu, l'immersion totale par laquelle on devient membre à part entière. Mais le "converti" est-il encore un chercheur? La question reste posée, et elle a sa place dans tous les manuels d'ethnographie : la nécessité, de conserver une certaine distance - d'ailleurs inévitable -, y est constamment invoquée, peut-être pour donner des gages de sérieux méthodologique. E.C. Hughes, qui enseigna la sociologie à Chicago, appelle "émancipation" une démarche dans laquelle le chercheur trouve "un équilibre subtil entre le détachement et la participation" (Chapoulie 1984 : 598, note 48). Chapoulie, qui commente cette définition de Hughes, conforme à la tradition classique de Chicago, la reprend à son compte et considère que cette prudence méthodique est le prix à payer pour rester sociologue dans l'aventure de la "participation" (un terme, qu'il préfère remplacer, toujours avec Hughes, par observation directe, ou in situ).

La question s'est posée lorsque les tenants de la tradition ethnographique ont été confrontés à partir de 1940 aux critiques de l'autre sociologie, c'est-à-dire du positivisme scientiste qui se présentait comme le seul courant apte à donner des gages crédibles de rigueur scientifique. Placés sur la défensive, les ethnographes interactionnistes ont dû, au moins dans un premier temps, se placer sur le même terrain de scientificité et riposter dans les mêmes termes ; c'est ainsi qu'en 1958 Howard Becker parlait de "vérification des hypothèses" selon le modèle central de la sociologie positiviste.

C'est seulement en 1967 que Glaser et Strauss commenceront à fonder réellement l'autonomie d'une ethnographie interactionniste qui produit ses hypothèses chemin faisant. (Glaser et Strauss, 1967.)

Observation déclarée et observation non déclarée

En général, le chercheur annonce la couleur : il révèle aux gens son identité professionnelle (overt researcher). Mais il arrive parfois qu'il la dissimule : on parle alors de "covert researcher", expression qu'on peut traduire par "observateur caché ou clandestin". On a utilisé à ce propos la notion de "stratégie entriste", au sens strict, l'entrisme signifie que celui qui entre dans une organisation n'indique pas la finalité réelle de son "adhésion". Toutefois, cette notion d'entrisme pourrait aussi s'appliquer, par extension, à toutes les formes d'observation participante aussi bien "déclarée" "ou masquée".

L'observation masquée a été illustrée par des enquêtes dont les auteurs ont pris le rôle (le masque) du travailleur turc immigré en Allemagne ou de la militante d'un parti qui ignorait sa véritable identité de journaliste, pour mener à bien leur travail. Dans la littérature sociologique plus classique, on peut citer les recherches `"masquées" de D. Roy (1959) en milieu industriel et de M. Dalton (1959) pour les cadres moyens. On peut considérer comme un cas d'identité non déclarée ce qui se passe dans des enquêtes menées dans des lieux publics. Parmi les plus célèbres figurent, entre autres, celles de Goffman sur les comportements des gens dans la vie quotidienne.

Par contre quand il pratique l'ethnographie dans des institutions, le chercheur, en général, décline son identité professionnelle. Le choix d'un rôle dépend, en partie du moins, de la situation.

Observation participante et recherche-action

L'observation participante a pour finalité principale la connaissance ; dans la recherche action, cette connaissance est retournée aux membres d'un groupe social et devient alors un outil de changement.

Il existe aussi des dispositifs dans lesquels on commence par une investigation ethnographique avant de mettre en place une recherche action.

Il est intéressant de relever le voisinage de l'observation participante et de la recherche-action dans un ouvrage autobiographique de W.F. Whyte, l'un des fondateurs de l'observation participante en sociologie : Learning from the field (Whyte, 1983). Un chapitre de cet ouvrage est consacré à la description de trois "types de recherche action appliquée" classés par ordre d'implication croissante du chercheur, la description se fondant sur des situations de recherche action dont l'auteur a été, souvent, l'animateur principal (il utilise à ce propos la notion française de , "l'animation sociale").

Dans Fiedwork, Bufor Junker (1960) écrit : "le fieldwork, tel qu'il est pratiqué occasionnellement ou de manière routinière dans l'éducation, dans le travail social et en d'autres entreprises concernant les relations humaines est caractérisé par le fait qu'il est concerné par la contribution à la connaissance" (c'est-à-dire par la recherche fondamentale visant à produire un pur savoir), sa visée directe étant au contraire de "changer les gens, ou les situations, ou les deux".

Un peu plus loin, Junker ajoute "Dans cet ouvrage on va s'occuper seulement de fieldwork dans son rapport avec la science sociale, - c'est-à-dire avec la tâche consistant à observer, enregistrer et rapporter le comportement des gens dans la situation contemporaine sans l'intention de les changer ou de changer les situations dans lesquelles ils se trouvent... Le fieldwork ainsi défini est concerné entièrement par l'avancement de la connaissance dans les sciences sociales".

Junker sépare ainsi l'ethnographie et la recherche-action.

On trouve une position opposée dans un ouvrage plus récent, consacré aux méthodes de la recherche qualitative (Deslauriers, 1987), ouvrage dans lequel l'un des auteurs, Andrée Fortin, affirme que "depuis les années soixante", on parle désormais de "l'observation participante dans un contexte de recherche-action, de sociologie engagée ou de travail social". Un peu plus loin, le même auteur souligne "la différence entre l'observation participante traditionnelle", dans laquelle la diffusion des résultats de la recherche "est uniquement savante", et la recherche action, où on espère avoir une influence sur le cours des choses ".

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Techniques annexes

a) La conversation courante, ordinaire, est un élément constitutif de l'observation participante : le chercheur rencontre des gens et parle avec eux dans la mesure où il participe à leurs activités. Cependant, certaines conversations de terrain peuvent correspondre à ses préoccupations d'enquêteur et/ou d'étranger : il est amené à demander à chaque instant des explications sur ce qui est en train de se passer, des indications sur ce qui va se passer, sur un rituel qui se prépare ou dont on lui a dit qu'il va se tenir en un endroit qui reste à définir, sur le départ d'un cortège, etc.

b) L'entretien ethnographique est un dispositif à l'intérieur duquel a lieu un échange qui n'est pas, comme dans la conversation dite de terrain, spontané et dicté par les circonstances ; l'entretien met face à face deux personnes dont les rôles sont définis et dissymétriques : celui qui conduit l'entretien et celui qui est invité à répondre, à parler de lui.

Dans l'un des premiers manuels de fieldwork, Sidney et Béatrice Webb (1932) écrivaient : "pour l'essentiel de son information, le chercheur doit trouver ses propres informateurs, les amener à parler, puis transcrire l'essentiel de leurs témoignages sur ses fiches. Telle est la méthode de l'entretien ou "conversation avec un objectif" (conversation with a purpose"), unique instrument du chercheur en sociologie » (Webb et Webb 1932 132).

On peut décrire et distinguer trois types d'entretiens ethnographiques

- le premier vise à élaborer un récit de vie (une autobiographie sociologique). Ici, le chercheur s'efforce de saisir des expériences qui ont marqué de façon significative la vie de quelqu'un et la "définition" de ces expériences par la personne elle-même ; - le deuxième est destiné à la connaissance d'événements et d'activités qui ne sont pas directement observables. On demande aux informateurs de décrire ce qui s'est produit et d'indiquer comment cela a été perçu par d'autres personnes ; - le troisième vise à recueillir des descriptions d'une catégorie de situations ou de personnes. On se propose d'étudier un nombre relativement élevé de gens dans un temps relativement bref en comparaison avec la durée d'une recherche entièrement fondée sur l'observation participante. On va, par exemple, interviewer vingt enseignants dans le temps qu'on aurait mis à observer une seule classe.

Les entretiens de groupe donnent aux enquêtés la possibilité de discuter entre eux devant le chercheur leurs définitions de la situation, leurs idées et opinions, leurs sentiments autour du thème de discussion proposé, avec la réserve d'une possibilité d'autocensure due au fait de s'exprimer ainsi en public.

c) L'ethnographie utilise aussi des documents officiels, ainsi que des documents personnels, notion qui désigne "les matériaux dans lesquels les gens révèlent avec leur propre langage leur point de vue sur leur vie entière, ou une partie de leur vie, ou quelqu'autre aspect d'eux-mêmes" (Bogdan et Taylor 1975). Il s'agit notamment des journaux personnels, des lettres, des autobiographies et des histoires de vie dans lesquelles une personne raconte sa vie à un ou plusieurs interlocuteurs (Le Grand et Pineau, 1993).

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2. La recherche-action

La recherche-action classique et l'apport de Kurt Lewin

On attribue parfois l'invention du terme recherche-action à un anthropologue, J. Collier, qui proposa que les découvertes de type ethnologique faites aux USA sur les Indiens des réserves soient utilisées au bénéfice d'une politique favorable à ces derniers (Collier 1945). Kurt Lewin élabora la première définition de cette orientation (Lewin 1948).

Les premières interventions illustrant la recherche action lewinienne visaient à modifier des attitudes et des comportements dans un certain nombre de secteurs de l'activité sociale. Son étude concernant les habitudes alimentaires des Américains en temps de guerre est souvent citée à titre surtout d'illustration de cette méthode.

Rappelons-en l'essentiel. On se propose de changer les habitudes alimentaires des consommateurs au moment où, en raison de la guerre, il parait souhaitable de convaincre les gens qu'on peut aussi consommer les bas morceaux de viande. On essaye alors de modifier leurs habitudes par deux voies : celle d'une campagne radiophonique et celle des réunions des ménagères par petits groupes autour d'experts qui vont tenter de leur montrer les avantages de ce qu'on leur recommande d'acheter.

La conclusion est que le second dispositif - les réunions par petits groupes - est plus efficace et, surtout, que les décisions prises par cette voie sont plus durables. Cette conclusion de la recherche-action considérée implique une valorisation d'une approche "micro" des processus sociaux et de leur traitement éventuel.

Lewin a décrit les phases d'une recherche-action : on commence par un premier plan de recherche, puis on met en application ce premier plan d'intervention et on évalue les premiers résultats, on planifie sur cette base une nouvelle étape de recherche et d'action, et ainsi de suite... Ce mouvement cumulatif forme une "spirale" des relations entre pratique, observation et théorisation.

On a pu comparer cette conception lewinienne de la recherche-action avec celle que Moreno a pratiqué sous le nom de "sociodrames" (Moreno, 1952).

La "nouvelle recherche-action"

La recherche-action première manière désignait l'activité d'experts en matière de sciences sociales qui agissent souvent en qualité de "consultants", à la demande d'un client.

Dans la "nouvelle recherche-action", au contraire, ce sont des praticiens qui deviennent des chercheurs et qui conduisent leur recherche de l'intérieur : ils font "l'analyse interne» de leur pratique.

L'émergence de ces nouvelles orientations dans le domaine éducatif est souvent associée au nom de Lawrence Stenhouse.

Des recherches-actions en milieu éducatif ont été menées en France, notamment à partir de 1981 et dans le cadre du CRESAS, un département de recherches de l'INRP.

Les résultats de ces recherches furent présentés, commentés et discutés au cours du colloque « Recherches impliquées, recherches-actions : le cas de l'éducation" qui s'est tenu les 22, 23 et 24 octobre 1986 à Paris, à l'institut national de la recherche pédagogique.

Plusieurs des communications qui y furent présentées aboutissaient à des conclusions parfois assez proches de celles des Anglo-Saxons mais formulées dans un langage différent et un autre contexte épistémologique : les nouvelles orientations qualitatives de l'interactionnisme symbolique et de la phénoménologie sociale qui constituent l'arrière-fond théorique des Anglo-Saxons en la matière sont beaucoup moins présentes en France et dans le monde latin.

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Pratique, praxis

La notion de "pratique", telle que l'entendent Carr et Kemmis (1983), désigne une action informée et impliquée. Ils utilisent ici la notion de praxis, en référence à la notion marxienne telle qu'elle est élaborée notamment par J. Habermas, qui est pour eux la référence théorique fondamentale. C'est disent-ils, une praxis qu'il faut comprendre dans son contexte historique, c'est une action qui est informée par une "théorie pratique", et qui, en retour, informe et transforme cette théorie dans une relation dialectique.

Praxis désigne une action associée à une stratégie, en réponse à un problème posé concrètement, en situation et dont l'auteur est impliqué. La connaissance ainsi acquise est constamment en relation dialectique avec la pratique ; elle est un processus coopératif ou collectif de reconstruction interne à, un groupe de chercheurs praticiens : "le point crucial est que seul le praticien peut avoir accès aux perspectives qui informent une action particulière en tant que praxis, et par conséquent la praxis peut être étudiée seulement par l'acteur social lui-même. La dialectique de l'action et de sa compréhension est un processus, personnel et unique, de reconstruction rationnelle. L'action pratique suppose toujours un risque. Et comme le remarque un théoricien en la matière, "les problèmes pratiques sont des problèmes dont on ne trouvera la solution qu'en faisant quelque chose", ce sont donc des problèmes dont la solution est elle-même pratique. Et c'est pourquoi le sens des praxis ne peut être établi que dans leur contexte pratique, dans une situation historiquement définie et localisée. Car "seul le praticien a accès aux implications et aux théories pratiques qui informent la (sa) praxis, seul le praticien peut étudier la (sa) praxis. La recherche-action, en tant que science de la praxis, sera donc une recherche interne à la pratique singulière du praticien" ("action research, as the study of praxis, must thus be research into one's own practice") Carr et Kemmis 1983.

Ethnographie et recherche action

Aujourd'hui, ethnographie et recherche-action tendent à devenir complémentaires : c'est ce qui apparaît aussi à la lecture de l'ouvrage qu'ont publié ensemble P. Woods, spécialiste en ethhographie de l'école, et Bennet Kemmis, qui pratique la recherche action en milieu scolaire (Kemmis et Woods 1988).

Nouvelle recherche - action et science de l'éducation

Carr et Kemmis (1983), formulent cinq exigences ("requirements") fondamentales auxquelles, disent-ils, "devrait satisfaire toute science de l'éducation adéquate et cohérente". Elle devrait :

a) rompre avec les conceptions positivistes de la "rationalité", de l'"objectivité" et de la "vérité" b) employer les catégories interprétatives des enseignants et des autres participants du processus éducatif ; c) procurer les moyens de distinguer les idées et interprétations qui sont systématiquement déformées par l'idéologie de celles qui ne le sont pas, montrer comment la distorsion de ses propres idées peut être surmontée ; d) s'efforcer d'identifier ce qui, dans l'ordre social existant, bloque le changement rationnel et doit être capable de proposer des interprétations théoriques des situations ("theoretical accounts") qui permettent aux enseignants (et autres participants du processus éducatif) de prendre conscience de ce qui peut aider à surmonter ces blocages; e) se fonder sur la reconnaissance explicite qu'elle est pratique, c'est-à-dire que la question de sa vérité sera tranchée par sa relation à la pratique (voir ce terme).

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3. La socianalyse institutionnelle

La socianalyse - terme formé par J. et M. van Bockstaèle - est, dans sa version "institutionnaliste", une variante de l'intervention psychosociologique longtemps considérée comme la "voie royale" de l'Al, ou encore comme "l'Al en situation d'intervention"

Cette intervention met en oeuvre six règles

-l'analyse de la demande comprenant la commande officielle de socianalyse ; - l'autogestion de l'intervention par le collectif client ; - la règle de tout dire - l'élucidation de la transversalité des appartenances positives et négatives ; - l'élaboration du contre-transfert institutionnel définie aussi comme l'analyse des implications des analystes dans la situation ; - la construction ou l'élucidation des analyseurs. (Lapassade et Lourau 1971).

Quelques autres concepts ont été ensuite élaborés dont celui du dérangement proposé par Patrice Ville.

Dans le contexte des années 60 et 70, la socianalyse était présentée à la fois comme une technique de régulation des tensions micro-sociales et comme un outil de transformation de la société. Ce temps est aujourd'hui révolu comme le montre notamment la lecture de Hess et Savoye (1933). Ils définissent, à côté de la socianalyse d'intervention une socianalyse participante (ou ethnographie) sans l'opposer à la précédente comme on l'aurait fait en d'autres temps.

On peut dégager d'ailleurs des points de convergence entre l'observation ethnographique et l'intervention socianalytique.

La socianalyse, (et plus généralement l'intervention psychosociologique ou la consultation de même nom dont elle est issue) répond à une commande passée souvent dans une situation de crise, de sorte que le socianalyste n'a pas à demander, comme le fait l'ethnographe, l'autorisation d'entrer dans l'institution cliente : on le demande ; il n'a pas à négocier, dit-on, son entrée dans l'institution, puisqu'on l'a fait venir. En réalité, il lui faut dès son arrivée négocier l'accès à l'ensemble des gens qui font partie de cette institution, ce qui d'ailleurs est rarement acquis, même si cela a été une fois réalisé. Il arrive même que les gens concernés viennent aux réunions mais bloquent les échanges, ne disent rien, sont là parce qu'on les oblige à être présents et empêchent tout accès effectif aux problèmes de l'établissement. Mais ces refus ne font en général pas l'objet de descriptions dans les ouvrages et articles concernant les problèmes pratiques de l'intervention.

Par contre, l'ethnographie suppose en général une négociation d'accès au terrain. D'un point de vue méthodologique, cet exemple de "'accès" montre qu'il existe, en fait, des problèmes quasi-communs à l'ethnographie et à la socianalyse en dépit du fait que l'entrée sur le terrain semblait dès le départ les opposer.

Il y a d'autres convergences concernant l'origine de la commande (socianalyse), d'une part, et d'autre part la facilitation de l'accès au terrain (ethnographie)

- de nombreuses interventions socianalytiques et un membre d'une institution à l'occasion d'un stage, d'une conférence ou d'un enseignement à l'université - de même, un chercheur qui voulait effectuer une étude dans une prison québécoise, fut introduit dans la place par un gardien de prison dont il avait fait connaissance au cour d'un stage de formation.

De plus : - la notion d'intervention n'est pas spécifique (n'est pas limitée à l'intervention psychosociologique et à l'intervention socianalytique). Il peut y avoir commande d'expertise en gestion, en comptabilité, etc.

Ce qui est spécifique de la socianalyse, c'est le fait que cette commande fasse l'objet d'une analyse qui va se prolonger jusqu'au bout de l'intervention. C'est l'analyse permanente de sa propre institution.

- de même, ce qui spécifie la démarche de l'ethnographie n'est pas seulement la négociation d'accès au terrain, mais c'est le fait que cette négociation soit permanente, jusqu'au terme de l'enquête, et qu'elle fasse l'objet d'une analyse permanente.

Comme la socianalyse, l'ethnographie implique elle aussi, en permanence, l'analyse de sa propre institution.

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III. - LE RAPPORT MICRO-MACRO

Le problème des relations entre le "micro" et le "macro" serait interne, selon Guy Rocher, à la sociologie française seulement2 .

Un débat spécifiquement français ? Il l'est, en réalité, dans la mesure seulement où c'est en France que, par l'effet d'une tradition née de la collusion entre le positivisme et le marxisme, la macrosociologie s'est érigée en démarche souveraine, parfois même intolérante à l'égard de toute velléité d'autonomisation de la microsociologie.

Ailleurs, fort heureusement - on en a vu un exemple avec les ethnographes anglais de l'école - on n'a pas besoin de solliciter une autorisation de construire - ou de reconstruire - la sociologie. Les "microsociologues" n'ont pas à attendre de l'avoir obtenue pour se mettre au travail.

Un interactionniste de premier plan, Ervin Goffman, s'est permis de se prononcer, lui aussi sans détours, sur ce point : "Mon intention, écrit-il, n'est nullement d'aborder les objets centraux de la sociologie, l'organisation sociale et la structure sociale (... ). Je ne m'occupe pas de la structure de la vie sociale, mais de la structure de l'expérience individuelle de la vie sociale (...). On peut certes soutenir que l'étude de l'expérience personnelle (...) procède d'une perspective qui a des Implications politiques claires et, plus précisément, conservatrices. Loin d'aborder les différences entre classes favorisées et classes défavorisées, cette analyse semble s'écarter définitivement de ce type de questions. Je l'admets. Mais J'ajouterai que celui qui voudrait lutter contre l'aliénation et éveiller les gens à leurs véritables intérêts aura fort à faire, car le sommeil est profond. Mon intention Ici n'est pas de leur chanter une berceuse, mais seulement d'entrer sur la pointe des pieds et d'observer comment ils ronflent".3

Et Garfinkel "En accordant aux activités banales de la vie quotidienne la même attention qu'on accorde habituellement aux événements extraordinaires, on cherchera à les saisir comme des phénomènes de plein droit4 ..."

Cette relation entre micro et macrosociologie est un thème important dans ce numéro.

Le "cas de l'analyse Institutionnelle" (AI) y est abordé dans la mesure seulement où la discussion qui la traverse en ce moment peut servir d’illustration5.

D’autres contributions d'ordre théorique abordent le même problème ou y font une référence plus indirecte en insistant sur d'autres aspects des approches microsociologiques.

Une place importante a été accordée enfin à la présentation de recherches ethnographiques d'inspiration interactionniste. ..

Il n’est peut-être pas Inutile de rappeler à ce propos que l'idée d'une ethnographie purement "observante" - qu'on opposerait alors à l'interventionnisme psychosociologique - est aujourd'hui dépassée. Aux USA, mais aussi en France, depuis peu, on met en pratique, en matière de toxico-dépendance et de prévention du Sida, notamment, une ethnographie très interventionniste 6 .

Ces comptes rendus de recherches microsociologiques ne sont pas de simples monographies : leurs auteurs, en effet, y partent de leurs travaux de terrain pour en dégager les présupposés théoriques et méthodologiques.

Georges Lapassade
Université Paris VIII

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Notes (éditorial)

1...Itinéraire à travers le champ de la psychologie Sociale et les domaines de la psychosociologie.

2...Cf. notamment Georges Lapassade : L'Arpenteur (1970), Le Bordel andalou (1974), Les Chevaux du Diable (1976), L'Autobiographe (1978), Max Pagès : Le Travail amoureux (1975), Gilles Ferry, Partance, (1994)... Cf. encore Michel Lobrot, L'Animation non directive des groupes, Paris, Payot (1974).

3...Répondre à l'amicale sollicitation de ce dernier, lancée dans sa contribution au second colloque de Spetsai, constitue donc aussi l'un des objectifs de ce travail.

4...Il me semble alors intéressant de rapprocher ces remarques de celles exprimées infra par Max Pagès in "Les enjeux historiques de la psychosociologie", à propos de son propre itinéraire dans cette dernière discipline : "Le Problème Ici posé est celui d'un double déni, un déni de filiation et un déni de paternité... Peut-être sommes-nous dès l'origine, par constitution en quelque sorte, une science adolescente, une science de fils (et de filles) révoltés qui trahissent leurs origines, et méconnaissent leur dépendances Nous sommes des renégats... Nous sommes par constitution des enfants sans pères, et condamnés à l'errance".

5...Cf. Jacques Ardoino, Propos actuels sur l'éducation, préface de Louis Cros (directeur de l'enseignement supérieur, à l'époque), Bordeaux, IAE, Travaux et documents, 1963 ; 6° édition, 20° mille, Paris, Gauthier-Villars, 1978, préface à la seconds édition de Roger Davril (également directeur de l'enseignement supérieur, par la suite). Traduit en espagnol portugais et japonais.

6 Cela m'a d'ailleurs valu une impressionnante confrontation avec la mort qui eut lieu aux approches de la "libération" .. Engagé dans les "équipes d'urgence de la Croix-Rouge Française", j'ai dû assumer, à dix-sept ans, la responsabilité d'une morgue regroupant soixante-trois cadavres civils, laissés sur le terrain par une "colonne de représailles" allemande. J'avais déjà vu des morts avec les bombardements, durant l'exode, mais là, avec ce rôle particulier, c'était la mort en "propre", c'étaient "mes" morts.

7 A travers cette ébauche d'apprentissage interdisciplinaire, une relation s'élaborera entre ce premier bagage pluriel et mes conceptions ultérieures de la multiréférentialité qui seront esquissées, dès 1966, dans la préface à La Pédagogie institutionnelle de Michel Lobrot, Paris, Gauthiers-Villars, Hommes et Organisations, 1966. Cf. également Jacques Ardoino, "L'approche multiréférentielle (plurielle) des situations éducatives et formatives" in Pratiques de Formation-Analyses, n° 25-26, 1993.

8 Cf. René Barbier, qui s'attachera, à la suite de Max Pagès (Trace ou sens, le système émotionnel, Paris, Hommes et Groupes, 1986 et Psychothérapie et complexité, Paris, Epi, Hommes et perspectives, 1993), à souligner la place du sensible et le rôle de I'émotion dans l'intelligence du social. Cf. infra : "Le retour du sensible en sciences humaines".

9 Cf. August Aïchhorn, Jeunesse à l'abandon (Wayward youth), Toulouse, Privat, 1973.

10 Mais, à travers ces relations contradictoires et violentes, se développe, ici encore, l'intuition d'une dialectique qui me permettra sans doute des usages différenciés, finalement plus métaphoriques que métonymiques de la règle (Alain Coulon).

11 Cf. Jacques Ardoino, "Le conflit, évolution de sa représentation et de son statut, approche multiréférentielle" in Journal des psychologues, numéro spécial "Conflits", Marseille, 1990. Cf. également, par ailleurs, Serge Moscovici et Willem Doise, Dissensions et consensus, Paris, PUF, Psychologie sociales, 1992.

12 Cf. Jacques Ardoino, Propos actuels sur l'éducation, op. cit. Cf. également, Jacques Ardoino, préface à Daniel Hameline, Du savoir et des hommes, Paris, Gauthier-Villars, Hommes et Organisations, 1971.

13 Cf. Jacques Ardoino, "Des allants de soi pédagogiques à une conscientisation critique", préface, in Francis Imbert. Pour une praxis pédagogique, Vigneux, Matrice, Pi, 1985. De même, le luxe de références et l'abondances des notes caractérisant généralement mes écrits ont aussi pour origine le souvenir douloureux de cette précarité et de ces manques initiaux qui, bien évidemment, ne s'effacera jamais tout à fait.

14 J'ai souligné ces rapports complexes entre éducation et psychothérapie in Education et relations, Propos actuels sur l'éducation III, Paris, UNESCO-Gauthier-Villars, Hommes et Organisations, 1980.

15 Cf. « Réflexions sur les tests de projection », Psyché, Paris, n" 62-63, 1951-1952 et "Propos, sur une caractérologie et esquisse d'une méthode d'analyse du caractère", Psyché, Paris, n° 84, 85, 86, 87, 1953-1954.

16 Cf. Nguyen Kim-Chi, La Pratique du test du village, matériel Mabille, Paris, PUF, 1978 et Jacques Ardoino, "Utilisation du test du village comme test collectif appliqué à la psychologie des groupes", in Bulletin du groupement du test du village, 1957.

17 Cf. Serge Moscovici, La Société contre nature, Paris, Plon, 10/18, 1972 et La Machine à faire des Dieux, Paris, Fayard, L'espace du politique, 1988.

18 Je ferai, dans cette dernière ville, la connaissance de Didier Anzieu, avec lequel nous fonderons ensuite ensemble, le "groupe français de sociopsychologie", dans le cadre de l'ANDSHA. Le terme "sociopsychologie" était justement choisi pour insister sur le versant sociologique, à la différence d'une psychosociologie privilégiant évidemment le Pôle psychologique.

19 Ce seront ainsi, sur près de trente-cinq années, de nombreuses interventions, de longue durée auprès de l'OCP, d'IBM-France, d'IBM-Belgique, de l'UAP, de Kléber-Colombes, du centre de perfectionnement des cadres de la Marine Nationale, de la FFMJC, des CEMEA, de la FOEVEN et des AROEVEN, des laboratoires Badrial, de Roussel Uclaf, de la SNPA, de Schlumberger, auprès des écoles de base et des cadres de la Croix-Rouge Française et des hôpitaux psychiatriques de Nancy-Laxou et de Rouen-Sotteville, auprès de France-Telecom, du Ministère de la Coopération et du Développement, du Ministère de la Jeunesse et des Sports, des MAFPEN (Ministère de l'Education Nationale) de Nice, de Grenoble et de Caen...

20 Avant tout, nourris par la recherche.

21 Cf. Serge Moscovici, La Psychanalyse, son image et son public, essai sur la représentation sociale Paris, PUF, 1961. Cf. également Willem Doise et Augusto Palmonari (dir.), Textes de base en psychologie : l'étude des représentations sociales, Neuchatel-Paris, Delachaux et Niestlé, TDB, 1986.

22 Le vocable apparaît dans notre langue vers 1956. Il n'a pas d'équivalent dans les langages scientifiques anglo-saxons. Plusieurs des auteurs apportant leur contribution à ce numéro de la revue Pratiques de Formation-Analyses sont contemporains de son émergence, ayant, au besoin, contribué à façonner la notion. Les principales problématiques dont elle s'inspire viennent des Etats-Unis, plus précisément de l'école lewinienne de la dynamique des groupes, et de l'expérience du T. Group qui y a pris naissance, mais doivent également beaucoup à une psychologie sociale interactionniste privilégiant la relation duelle (qui se retrouvera autant à travers les "grilles d'observation" de Fred Bales que dans la sociométrie de Jacob-Lévy Moreno (."télés") ou dans la psychothérapie centrée sur le client de Carl Rogers). Ces idées ont été introduites en France par Claude Faucheux, Guy Hasson, Robert Merrheim, Max Pagès, Robert Pagès, au retour d'une mission européenne de productivité, aux USA. Cf. Jacques Ardoino, Le Groupe de diagnostic, instrument de formation, préface d'Eleanor-Lilian Herbert (professeur à l'université de Manchester, déléguée du Tavistock Instituts), Bordeaux, IAE, Travaux et documents, 1962 et préface à Gilbert Tarrab Mythes et symboles en dynamique de groupe, Paris-Montréal, Bordas-Aquila, 1971. Cf. également Max Pagès, La Vie affective des groupes, Paris, Dunod, Organisation et sciences humaines, 1968.

23 Cf. Jacques Ardoino, "Les Postures (ou impostures) respectives du chercheur, de l'expert et du consultant" in Les nouvelles formes de la recherche en éducation au regard d'une Europe en devenir, Paris, Matrice-ANDSHA, 1990

24 Ce dernier terme étant pris, ici, au sens de Claude Bernard (observation armée).

25 Elle donne matière à des études, à des évaluations, à des rapports d'experts plus qu'à l'investigation scientifique proprement dite. Cf. Jacques Ardoino, "Praxéologie et poïésis", communication au congrès de l'AFIRSE, Aix-en-Provence, 1994. Que cela plaise ou non, en dépit de ses accents lyriques, poétiques, humanistes, parfois politiques et militants, la psychosociologie reste une ingéniérie (au sens noble de ce terme : génie humain), cf. Herbert-A. Simon, Sciences des systèmes - sciences de l'artificiel, Paris, Dunod, Afcet-systèmes, 1991 (1969-1981-MIT), et Jean-Louis Le Moigne, La Modélisation des systèmes complexes, Paris, Dunod, Afcet-systèmes, 1990. La complexité prend, ici, de façon classique, les formes de la combinatoire leibnitzienne. Quand l'optique de réparation ne sera pas aussi mécaniste elle tendra à se médicaliser en se biologisant. Cf. Robert Meigniez, Pathologie sociale de l'entreprise, Paris, Gauthier Villiars, Groupes et organisations, 1965. C'est l'autre versant de la complexité. Cf. Joël de Rosnay, Le Macroscope, vers une vision globale, Paris, Seuil, 1975.

26 Ainsi se trouveront quelque peu interrogées les vues traditionnelles pour ne pas dire archaïques (Cf. Propos actuels sur l'éducation, op. cit.) sur la formation initiale et continuée des enseignants. Les travaux de Gilles Ferry (Le Trajet de la formation, Paris, Dunod, 1983), de Jean-Claude Filloux (in Maurice Debesse et Gaston Mialaret (dirs.), Traité des sciences pédagogiques, Paris, PUF, 1969) ou de Danièle Zay (La Formation des instituteurs, Paris, Editions universitaires, savoir et formation, Paris, 1988), en constitueront des exemples, parmi beaucoup d'autres. J'adapterai notamment, pour ma part, dans le cadre de l'ANDSHA, la "méthode des cas" à la formation psychosociologique, dans le cadre des organisations et des institutions, en réalisant des "cas projectifs" filmés ou magnétoscopés, permettant aux participants des groupes de formation de se "projeter" à la faveur de tels inducteurs. Entre 1958 et 1986, sept cas filmés et dix cas "vidéoscopés" furent ainsi réalisés. Cette méthode a été sommairement présentée dans mon ouvrage Sur quelques aspects psychosociologiques des problèmes de communication et d'information dans les groupes de travail et les organisations, préface de Didier Anzieu, Bordeaux, Institut d'Administration des entreprises de l'université de Bordeaux, Travaux et documents, 1961, réédité par les éditions d'organisation, en 1966, agrémenté d'une préface de Roger Daval. A partir de 1967, une observation contrôlée des petits groupes de travail, assistée par un dispositif audiovisuel (télévision en circuit fermé) fut également expérimentée à l'ANDSHA.

27 Cf. Elliott Jaques, Intervention et changement social dans l'entreprise, Paris, Dunod, Organisation et sciences humaines, 1972, André de Peretti, Du changement à l'inertie, dialectique de la personne et des systèmes sociaux, Paris, Dunod, Organisation et sciences humaines, 1981, Jean Dubost, L'intervention psychosociologique, Paris, PUF, sociologies, 1987, et Rémi Hess, La Sociologie d'intervention, Paris, PUF, le sociologue, 1981. Cf. également ANDSHA, L'intervention dans les organisations et les institutions, Paris, Epi, Protocoles 1 et 2, 1974. Cf. encore Jacques Ardoino, "L'intervention, imaginaire du changement ou changement de l’imaginaire" in Gérard Mendel et al., L'Intervention institutionnelle, Payot, Paris, 1980. Cf., enfin, Raymond Fouchard, Le Piège de l'intervention interne, Paris, Epi, Protocoles 4, 1975.

28 Cf. "L'analyse multiréférentielle des situations sociales" (in Psychologie clinique, n' 3, Paris, Klincksieck, 1990) et "De la clinique", (in Réseaux, Mons, 1990). Ainsi, pour nous limiter à ces quelques noms, à titre d'exemple, Jacqueline Barus-Michel, Denise Jodelet, Serge Moscovici, Willem Doise, Jean Maisonneuve ou Jean Stoetzel, Daniel Lagache et Robert Pagès (ces derniers ayant explicitement assumé la responsabilité du laboratoire de psychologie sociale de la Sorbonne), sont essentiellement des représentants de cette dernière discipline, certains témoignant une orientation expérimentale, d'autres se manifestant plus ouverts à la phénoménologie ou à la psychanalyse, mais ne se réclamant généralement pas de la psychosociologie, tandis que Florence Giust-Desprairies, Anne Ancelin-Schutzenberger, Catherine Tourette-Turgis, Max Pagès, André de Peretti, Michel Lobrot, Georges Lapassade, Jean-Claude Filloux, Gilles Ferry, Jean Dubost, André Lévy, Robert Meigniez, Jean Ferrasse, Michel Bataille, Luc Ridel, René Barbier (bien que sociologue de formation), et moi-même.... sommes aussi, de par nos pratiques, des psychosociologues. De leur côté, René Lourau, Eugène Enriquez ou Vincent de Gaulejac, encore que cliniciens du social, sont, avant tout, des sociologues.

29 Jacques et Maria Van Bceckstaele emploient les premiers le mot "socianalyse" pour désigner un dispositif de formation socio-économique, inspiré du T. Group américain. Ce terme sera repris ensuite par l'école de l'analyse institutionnelle, à propos, cette fois, de l'intervention. Gérard Mendel, psychanalyste de formation, créera, ensuite, à son tour, pour se différencier, l'expression de socio-psychanalyste. Cf. Gérard Mendel et al., Paris, Sociopsychanalyse 1, Il, III, IV.... Payot, à partir de 1971.

30 Ces vues se concrétiseront pour moi à l'occasion du second séminaire national de psychosociologie industrielle, centré sur la "communication" (février 1961). Cf. Jacques Ardoino "Le 2° séminaire de psychosociologie industrielle de l'ANDSHA". in Revue internationale des sciences sociales, Paris, UNESCO, Volume XIII, n° 3, 1961. De son côté, Georges Lapassade développera ces mêmes thèmes au cours de la rencontre de Royaumont (1962) dont les Actes paraîtront à l'EPI, en 1967, sous le titre : Le Psychosociologue dans la cité. Cf. également Jacques Ardoino, "Note sur les rapports entre l'analyse institutionnelle et l'approche multiréférentielle" in Pratiques de formation-analyses, n 25-26, 1993. Dès 1960, j'initie une expérimentation longitudinale, portant sur les types de rencontres, qui s'efforcera de développer des formes originales de travail collectif, intéressant, en premier lieu, les séminaires de formation (séminaires nationaux de psychosociologie industrielle, notamment jusqu'en 1975), et, par la suite, les colloques et les congrès scientifiques (à partir de 1983 : dans le cadre de l'AECSE "sciences anthroposociales, sciences de l'éducation" ; puis dans celui de l'AFIRSE, "Les nouvelles formes de la recherche en sciences de l'éducation" 1990, "Anthropologie du sport, perspectives critiques" 1991, "Les évaluations" 1992, "Praxéologie et recherche en éducation" 1994). Ces innovations, tentant précisément d'articuler des questionnements institutionnels de fond avec des formes d'organisation, consistaient notamment à fournir aux participants le compte rendu imprimé des échanges à la fin même de la rencontre (à tout le moins, dans un délai très court), après leur avoir envoyé, plusieurs semaines avant la réunion, les documents et les textes de travail, permettant de la sorte, en évitant la reprise orale des "communications", de consacrer tout le temps des ateliers aux débats.

31 Des liens durables, oeuvrant également dans ce sens, s'établiront ainsi avec Lucette Colin, Laurence Gavarini, Françoise Lourau, Michel Lobrot, René Barbier, Francis limbert, Jacques Pain, Alain Coulon, Antoine Savoye, Rémi Hess...

32 Ce type d'analyse se développera surtout avec l'école française de la sociologie des organisations, fondée par Michel Crozier. Un peu à la façon des sociologues américains (Talcott Parsons), la distinction entre organisation et institution n'est pas repérée, celle-ci restant immatérielle ne peut être appréhendée (aux deux sens du terme) qu'à travers les formes concrètes de celle-là, avec lesquelles on la confond. Le courant de l'analyse institutionnelle, principalement développé par René Lourau, à partir des pratiques militantes de psychothérapie institutionnelle et de pédagogie institutionnelle, (Cf. Jacques Ardoino et René Lourau, Les Pédagogies institutionnelles, PUF, Paris, 1994) va, au contraire, reprendre cette distinction, déjà présente chez Durkheim, Mauss et Fauconnet, en la dialectisant.

33 En fait, nous le verrons plus loin, considéré sous un certain angle, le courant institutionnaliste se situe vraiment dans le prolongement de la psychosociologie, notamment avec les pratiques de l'intervention socianalytiques (centration sur l'"ici et le maintenant", "interventions brèves", - "analyseurs gadgets" tandis que regardé sous un autre rapport, intéressant justement plus spécifiquement l'analyse institutionnelle, ce courant relève essentiellement d'une microsociologie.

34 Cf. Jacques Ardoino, Education et politique, propos actuels sur l'éducation II, Paris, Gauthier-Villars, Hommes et Organisations, 1977.

35 Traité de Psychologie sociale, Payot, Paris, 1954.

36 C'est un peu aussi, nous semble-t-il, ce que veut dire Serge Moscovici dans l'introduction au traité de Psychologie sociale, qu'il publie sous sa direction (Paris, PUF, Fondamental, 1984), lorsqu'il définit celle-ci, "science du conflit entre l'individu et la société", comme un "certain regard", une découpe particulière de la réalité sociale. Ce sens particulier du mot révolution (illustrant l'aventure copernicienne) n'exclut nullement d’ailleurs l'acception plus politique d'un changement radical des institutions et des systèmes de valeurs, d'autant plus que la psychosociologies compte aussi parmi ses sources, selon Didier Anzieu (in Bulletin de psychologie, numéro spécial, "Groupes, psychologie sociale et psychanalyse", Paris, 1974), à côté des acquis d'une dynamiques des groupes lewinienne, ou des apports d'une clinique psychanalytique des groupes restreints (représentée entre autres par W-J-H. Sion et E. Jacques, ainsi que par D. Anzieu et R. Kaes), l'aboutissement d'une tradition anarcho-syndicaliste, militante, déjà bien illustrée par Fourier. On retrouvera notamment ce courant à l'oeuvre dans la représentation du groupe, développée par Jean-Paul Sartre in La Critique de la raison dialectique (Paris, Gallimard, 1960), ou chez Félix Guattari, (groupe-sujet, révolution moléculaire ... ) de même que dans certaines vues de Robert Pagès ("L'amorçage d'une structure d'action-recherche. Etudes théoriques et expérimentales - L'emprise -" in L'Evaluation des sciences sociales à l'université, Paris, OCUFQ, 1979). Par certains côtés, les notions marxistes d'intelligentsia et d'avant-gardes rejoignent bien dans leurs rôles sociaux les minorités actives de la psychologie sociale (Cf. Serge Moscovici, Psychologie des minorités actives, Paris, PUF, Sociologies, 1979). Le courant institutionnaliste s'inspirera fortement, à son tour, de cette tradition, sans toutefois ignorer les autres courants.

37 Cf. Jacques Ardoino, "Conditions et Limites de la recherche-action", Pour, n° 90, juin 1983 et "La recherche-action : alternative méthodologique ou épistémologique" in Mariane Hugon et Claude Seibel (dir.), Recherches impliquées, recherches-actions : le cas de l'éducation, Bruxelles, de Boeck-Editions universitaires, Pédagogies en développement, 1988. Cf. également "D'une ambiguïté propre à la recherche-action aux confusions entretenues par les pratiques d'intervention" in Pratiques de formation-Analyses, n" 18, 1989.

38 Cf. Jacques Ardoino, "Polysémie de l'implication", Pour, n° 88, mars 1983 et L'implication, Lyon, Voies Livres, 1992.

39 Logique du tiers exclu, réglée par les principes d'identité et de non-contradiction. Cf. la logique ensembliste-identitaire de Cornelius Castoriadis. L'idée d'une causalité "linéaire" a été développée, dès 1963, in Propos actuels sur l'éducation, op. cit..

40 Cf. Kurt Lewin, Psychologie dynamique, traduction de Claude Faucheux, Paris, PUF, 1964. Cf. égaleraient André Lévy (dir.), Psychologie sociale, textes fondamentaux anglais et américains, Paris, Dunod, Organisation et sciences humaines, 1966.

41 Cette ouverture débouchera également sur des perspectives systémiques qu'on retrouvera à l'oeuvre autant dans le cadre de l'école de Palo Alto (psychothérapie et logique de la communication) que dans les modèles de la sociologie des organisations. Plus généralement, on peut souligner une parenté latente dans tous ces courants avec la pensée de Leibniz.

42 Il y a, bien sûr, des affinités profondes entre les formes de pensée véhiculées par la Psychologie sociale et expérimentées par la pratique psychosociologique et ce que, de son côté, Edgar Morin développera, en tant que nouvel esprit scientifique, dans sa Méthode (Seuil, Paris) avec une perspective encore élargie aux dimensions d'une anthropologie prenant pour objet hypercomplexe L'homme bio-psycho-socio(logique). Cf. Jacques Ardoino, article complexité in Dictionnaire encyclopédique et critique de la communication, Paris, PUF, 1992

43 La fête permettra des analyses mettant bien en valeur une articulation des dimensions anthropologiques et ethnologiqiues en même temps que sociologiques et psychosociales, avec toutes leurs composantes irrationnelles, affectives, inconscientes, imaginaires, symboliques. En dépit des illusions modernes sur les communications de masse, il n'est de fête, à proprement parler, qu'aux dimensions microsociales. Cf. Georges Bertin, L'imaginaire dans les pratiques d'animation, l'exemple de la fête populaire en milieu rural, thèse de doctorat, Paris VIII, 1988.

44 Cf. Jacques Ardoino (avec la collaboration de Jean-Paul Moreigne), Management au commandement, Paris, Hachette, 1970 et Epi, 1975, et "La performance et sa mise en spectacle" in Jean-Marie Brohm (dir.), Critique de la modernité sportive, Montreuil, éditions de la Passion, 1994. Cf. également ANDSHA, "Culture, projet et -citoyenneté d'entreprise", séminaire de psychosociologie de l'ANDSHA, 1988, extraits publiés in Pratiques de formation-Analyses, n° 27 : "L'entreprise - l'économie du sens", Paris, Formation permanente-université, de Paris VIII, et, dans le même numéro, Jacques Ardoino, éditorial, "Le management et les discours sur l'entreprise post-moderne entre fiction et facticité".

45 Cf. Collectif sciences humaines Paris IX-Dauphine, Organisation et management en questions (s), Paris, L'Harmattan, Logiques sociales, 1988. Cf. également "L'entreprise l'économie du sens", op. cit.

46 Cf. Jacqueline Barus-Michel, Le Sujet social, Paris, Dunod, 1987.

47 Cf. Jacques Ardoino, article Autorisation in Encyclopédie philosophique universelle, tome 2, "Les notions philosophiques", Paris, PUF, 1991, et in Grand dictionnaire de la Psychologie, Paris, Larousse, 1991.

48 Cf. Joseph Gabel, La Fausse conscience, Paris, éditions de Minuit, 1962.

49 Prise trop à la lettre, cette dynamique risque de demeurer enfermée dans une représentation appauvries, inspirée des modèles physiques qui lui ont donné naissance. Elle doit relever à cet égard d'une lecture résolument métaphorique. Kurt Lewin, en effet, est allé emprunter son modèle du "champ" à l'électromagnétique, compliquée, en guise de langage descriptif, de l'algèbre topologique. Tout cela ne prédisposera guère à une lecture herméneutique de la réalité micro-sociale, faisant place à des effets de sens, à côté des effets de force plus classiques, ainsi qu'à des dimensions imaginaires et symboliques. L’héritage gestaltiste est encore très présent.

50 Le sens étant situé au niveau de la langue, tandis que les significations demeurent attachées au registre de la parole, plus encore qu'à celui du langage. Ce jeu interactif de l'autre quant à la production du sens est justement constitutif de l'intersubjectivité. Celle-ci requiert la place au moins potentielle des négatricités réciproques. Si l'appréhension de l'autre constitue bien un des thèmes privilégiés de toute ethnologie, il peut encore s'agir, Parfois, à travers certaines approches d'une phénoménologie de ma relation à l'autre, et non de l'autre éprouvé intersubjectivement. La spécificité du psychosocial est justement la rencontre interactive avec l'autre. En cela, autre et différent ne sont surtout pas à confondre. " ... la différence ne modifié pas la constitution de la conscience du temps et de l'espace ce que la différence évacue et que l'altérité pointe c'est la qualité ou intensité du moment de la découverte, de la rencontre ou de la vue qui ne peut se réduire à une échelle graduée où il viendrait occuper une place axiologique mais qui en revanche joue sur d'infimes variations de forces d'indices et de symboles". (Francis Affergan, Exotisme et altérité, Paris, PUF, Sociologie d'aujourd'hui, 1987.)

51 Cf. Jacques Ardoino et Gaston Mialaret, "L'intelligence de la complexité pour une recherche en éducation soucieuse des pratiques" in Les nouvelles formes de la recherche en éducation au regard d'une Europe en devenir, Paris, Matrice-ANDSHA, 1990 et Jacques Ardoino et Guy Berger, "Les sciences de l'éducation, analyseurs paradoxaux des autres sciences" in L'Année de la recherche en éducation, Paris, PUF, 1994.

52 Cf. Jacques Ardoino et Guy Berger, D'une évalutaion en miettes à une évaluation en acte, le cas des universités, Paris, Matrice, 1989.

53 J'ai été, à deux reprises, aux Etats-Unis : en 1958 (J'avais été invité, l'année précédente, en tant que boursier, au Salzburg seminar in american Studies, pour y suivre des enseignements de Fred Bales et de Talcott Parsons), et en 1963. J'y ai ainsi rencontré Jacob-Lévy Moreno, Ralph Pepitone, et, dans le cadre des National Training Laboratories, Leland Bradford, Douglas McGregor, Fred Masaryk, Gordon et Ronald Lippitt, Mattews Miles. Je suis devenu ensuite, à travers cette filière, membre d'un réseau européen regroupant les consultants formés par les NTL. C'est, par contre, à Paris, dans le cadre de Paris VIII, que j'ai fait, un peu plus tard, la connaissance d'Herbert Marcuse.

54 J'ai participé, en 1961, à un séminaire du Tavistock institute avec Eleanor-Lilian Herbert et Harold Bridgers.

55 Entamées, en France, avec Geneviève Testemale-Monod, Paulette Dubuisson, Claude Faucheux, Jacques et Maria Van Boecstaele...

56 A la faveur des relations nouées au cours de ces voyages, des ouvrages de Rensis Likert (Le gouvernement participatif de l'entreprise) et de Douglas McGregor (La dimension humaine de l'entreprise et La Profession de Manager) seront traduits de l'américain dans la collection Hommes et Organisations, chez Gauthier-Villars.

57 Les auteurs français publiés seront : Robert Meigniez, Michel Lobrot, Georges Lapassade, René Barbier, Jacquies Minot, Daniel Hameline, Michel Morin.

58 Il existait, déjà, une collection également spécialisée dans ce domaine "Organisations et Sciences Humaines", dirigée par Jean-Claude Filloux, chez Dunod. Par ia suite, la plupart de ces associations, collections, organisations diverses, tendront, au fil des ans, à se rétrécir comme "peaux de chagrin", à partir des années 1980, autant parce que les prestations qu'elles assuraient jusque-là ont été reprises par les universités, qu’en fonction de leurs luttes intestines, ou de leurs rivalités externes.

59 Cf. Communications et relations humaines, Bordeaux, Travaux et documents, publications de l'institut d'administration des entreprises de l'université de Bordeaux, préface de René Maury.

60 Publiés également par l'institut d’administration des entreprises de l'université de Bordeaux : Le Groupe de diagnostic, instrument de formation (1962), préface de Eleanor-Lilian Herbert, et Propos actuels sur l'éducation, op. cit., (1963, réédité ensuite chez Gauthier Villars).

61 J'avais, il est vrai, déjà assuré, pendant l'année 1970, un enseignement à l'institut supérieur de pédagogie de l'Université Catholique de Paris (Cf. Un groupe de sensibilisation d'enseignants, commentaires de Daniel Hameline, Paris, Epi, Protocoles 3, 1975), puis été sollicité, en 1971, d'abord par la faculté des sciences de l'éducation de l'université Laval (Québec), et, ensuite par la faculté des Sciences spéciales -de l'université de Montréal, enfin, en 1972, par le Ministère de l'Education québécois.

62 Privilégiant les terrains de l'éducation des adultes, de la formation permanente, de la formation des formateurs et de la formation continuée et initiales des enseignants...

63 Cf. L'Apport des sciences fondamentales aux sciences de l’éducation, Epi, Paris, 1976 et Psychologie sociale et nouvelles approches pédagogiques, préface de Max Pagès, Paris, Epi, Protocolies 2, 1975.

64 Auprès de "Norma", de la "Fondation Piaget" et de "Renault-Lisbonne".

65 J'ai été invité, en 1981, par Jyujy Misumi psychologue social et psychosociologue d'orientation lewinienne, comportementaliste (The behavioral science of leadership, an interdisciplinary research program, Ann Arbor, Mark F. Peterson (ed.), University of Michigan Press), pour enseigner, pendant une période d'un an, les sciences de l'éducation et la place de la psychologie sociale parmi celles-ci, à la faculté des sciences humaines de l'université d'Osaka.

66 J'ai effectué plusieurs voyages au Mexique (Université Nationale Autonome de Mexico et Université Ibéro-Américaine), en 1988, 1991, 1993 et 1,994.

67 Cf. René Barbier, La Recherche-action dans l'institution éducative, Paris, Gauthier Villars, Hommes et organisations, 1977.

68 Cf. Georges Gurvitch, Vocation actuelle de la sociologie, Paris, PUF, Sociologie contemporaine, 1950 et Traité de sociologie, Paris, PUF, 1958.

69 A travers les rapports entre "solidarité mécanique" et "solidarité organique".

70 Il y a ainsi l'intuition d'une société encore en train de se faire et d'une invention sociale, qui ne se réduisent pas à la création individuelle, sans être pour autant entièrement déterminées par les structures globales d'une société toute faite.

71 "... il est aussi impossible de faire de la microsociologie sans tenir compte de la typologie différentielle des groupements de la typologie des Sociétés globales, que de faire de la macrosociologie en négligeant la microsociologie". Georges Gurvitch, Vocation actuelle de la sociologie, op. cit.

72 L'individu est l'acteur du système dont il a introjecté les normes, qui deviendront ainsi ses valeurs. (Talcott Parsons). Cette position est évidemment conformiste et privilégiera régulation et contrôle sociaux. La modélisation systémique renforcera l'indifférence à la temporalité déjà entrevue avec l'exagération de l'importance accordée à l'hic et nunc. La fascination technologique pour le temps réel des informaticiens viendra encore s'y ajouter dorénavant.

73 Cf. Ruth Kohn-Canter, Les Enjeux de l'observation, Paris, PUF, Pédagogie d'aujourd'hui, 1982 et Ruth Kohn-Canter et Pierre Nègre, Les Voies de l'observation, repères pour les pratiques de recherche en sciences humaines, Paris, Nathan-université, psychologie, 1991.

74 Cf. George Mead, Mind, self and Society, from the standpoint of a social behaviorist ln W. Morris (ed.), Chicago, Chicago press of Chicago University, 1932. Cf. également Herbert Biumer, "Social psychology" in Emerson P. Schmidt (ed.) Man and Society, 1937 et Symbolic interactionism, New Jersey, Prentice Hall, 1969. Cf. Alain Coulon, L'Ecole de Chicago, Paris, PUF, Que sais-je?, 1991.

75 Cf. Alain Coulon, L'Ethnométhiodologie, Paris, PUF, Que sais-je?, 1987.

76 Cf. A. Schutz, Le Chercheur et le quotidien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987.

77 Il est notable que l'article d'Herbert Blumer qui, en 1937, veut remettre en lumière les conceptions du fondateur de l'interactionnisme symbolique ait pris pour titre : "psychologie sociale". En ce qui concerne plus particulièrement les rapports entre ethnométhodologie et Psychologie sociale, il convient également de rappeler que Fred Bales participait au Jury de la thèse d'Harold Garfinkel.

78 Jorge de la Barre, Cf. infra ajoutera, pour sa part, à cette énumération, dans la même perspective, les travaux de P. Berger et de T. Luckman (La Construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens Klincksieck, 1986), de H. Mendras et de M. Forse (Le Changement social, Paris, Armand Colin, 1985) et de R.K. Merton, (Eléments de théorie et de méthode sociologiques, Paris, Plon, 1949).

79 Cf. Erwin Goffman, Asiles, Paris, Editions de Minuit, 1968 ; Les Rites d'interaction, idem, 1974 ; La Présentation de soi, ibidem, 1975.

80 Cf. Jacques Ardoino, "Les jeux de l'imaginaire et le travail de l'éducation" in Pratiques de formation-Analyses, no 8, "imaginaire et éducation 1", Paris, Formation permanente-université Paris VIII, 1985.

81 Cf. Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975.

82 Cf. Michel Lobrot, La Pédagogie institutionnelle, op. cit. et Pour ou contre l'autorité, Paris, Gauthier-Villars, Hommes et Organissations, 1973. Cf. également Georges Lapassade, L'Autogestion pédagogique, Paris, Gauthier-Villars, Hommes et Organisations, 1971.

83 Cf. Jacques Ardoino, "L’approche multiréférentielle (plurielle) des situations éducatives et formatives", Pratiques de formation-Analyses, n" 25-26, op. cit.

84 Cf. Jean-Baptiste Vico, La Science nouvelle, Paris, Gallimard, Tel, 1993.

85 Cf. Edgar Morin, Le Paradigme perdu, la nature humaine, Paris, Seuil, 1973 et les quatre tomes de La Méthode, Paris, Seuil.

86 Ce sera notamment le cas avec le développement en France des "nouvelles thérapies" (Cf. Robert-Allan Harper, Les Nouvelles psychothérapies, Toulouse, Privat, regard, 1978), et des courants californiens, autre mode ! Cf. Georges Lapassade, Socianalyse et potentiel humain, Paris, Gauthier-Villars, Homimes et Organisations, 1975. Cf. également Jacques Ardoino, "Prendre corps : incarnation ou réification", Pour, n' 41, Paris, 1975 (repris dans Quel corps? sous le titre "A corps perdu, le temps retrouvé", 1988, et "Eloge de la complexité, en marge des nouvelles thérapies", Esprit, 1982.

87 In Connexions, Paris, Epi, n' 13, ARIP, 1975.

88 Concrétisant ainsi le sort que certains auteurs de graffitis semblaient, dès 1968, appeler de leurs voeux. "Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate aurons-nous encore des problèmes ?", cité par J. Besançon, Les Murs ont la parole, Paris, Tchou, 1968.

89 Ce "baroque", quelque peu produit de l'inconscient, permet aux membres (précédemment démissionnnaires de l'ARIP) du comité de rédaction d'une nouvelle revue, la Revue Internationale de Psychosociologie (travaux du CIRFIP), de découvrir, avec autant de surprise non feinte que de ravissement, qu'ils ont ainsi créée la RIP, sans trop y prêter attention.

90 Nos itinéraires respectifs se sont en conséquence maintes fois croisés, sans préjudice de l'université Paris VIII, où nous nous sommes cotoyés pendant quelque vingt ans : (les groupes de psychodrame d'Anne Ancelin Schutzenberger, les groupes de base, les rencontres de Royaumont et de Montsouris, un séjour au Brésil, les publications dans ma collection "Hommes et Organisations", 'les collaborations diverses dans le cadre de l'ANDSHA, les réunions du comité de rédaction de cette revue...).

91 Cf. entre autres. L'Entrée dans la vie, Paris, Editions de -Minuit, 1963 et Groupes, organisations et institutions, Paris, Gauthier Villars, Hommes et organisations, 1966. Cf. encore, L'Ethno-sociologie, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991.


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Notes (présentation)

1 On pourrait faire figurer également dans cette troisième tendance Robert Pagès, fervent lecteur de Fourier et ex-militant des mouvements anarcho-trotskystes. On trouvera d'autres précisions sur la classification d'Anzieu dans Ardoino (1980, p. 16.)

2 Ce qui n'est pas tout à fait exact.. Alain Coulon (1993, chapitre II) rappelle que ce débat, par contre, est un thème présent dans la sociologie américaine. Mais il y est abordé autrement, car :

- en France, un mélange de tradition positiviste et marxiste, joint à l'ignorance volontaire de ce qui se faisait ailleurs, a créé une situation dans laquelle la microsociologie ne pouvait être, au mieux, que la servante de la macrosociologie; - ailleurs, par contre, et notamment aux USA, Il existe une tradition microsociologique solide et qui n'a pas jugé nécessaire de solliciter l'autorisation des autorités françaises en la matière pour se manifester et travailler.

C'est pourquoi le débat micro-macro peut apparaître comme un débat spécifiquement français : il l'est dans la mesure où c'est un débat à armes Inégales -dans lequel le dogme du "primat ontologique de la société globale", pour parler comme Gurvitch, a été longtemps admis sans discussion. Dès lors, une microsociologie peut être tolérée mais à la condition de se tenir à sa place.

La psychosociologie, que je considère ici comme une microsociologie, a donc été refusée du côté des sociologues et n'a trouvé refuge que dans la psychologie.

3 E. Goffman, Les Cadres de l’expérience, Parle, Minuit, 1991, p. 22.

4 Garrfinkel 1967, cité par A. Coulon, 1987.

5 Pour des raisons complexes, le dossier AI n'a pu être publié ici. Il trouvera néanmoins sa place dans un numéro que la revue Pour va consacrer à l'AI.

6 Voir le numéro 34 de la revue Agora sur la question, ainsi que la contribution de Mohammed Toussirt : "institutions de rue et intervention ethnographique". Il traduit par "institutions de rue" les "field stations " des ethnographes américains.
 
 
 

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